• Philémon et Baucis

    Philémon et  Baucis

    Philémon et Baucis


    Dans une région reculée de l’ancienne Phrygie, il existe deux arbres que les voyageurs vénèrent et où ils viennent souvent déposer des fleurs, et pour cause, car l'un est un chêne, l'autre un tilleul mais ils n'ont qu'un seul tronc.
    L'histoire raconte comment ceci arriva et fournit la preuve de l'immense pouvoir des dieux et de la façon dont ils récompensent les humbles et les pieux.

    Nous ne connaissons Philémon et Baucis que par un unique récit, celui qu'en fit Ovide
    dans ses « Métamorphoses ». Il y nomma les dieux par leurs noms latins : Jupiter et Mercure.
    Cependant, comme il s'agit d'une légende grecque fort ancienne il m'a paru préférable de leur restituer leurs noms grecs.

    « Le récit d'Achéloüs suscite l'incrédulité de Pirithoüs concernant le pouvoir des dieux à provoquer des métamorphoses. Lélex prétend prouver le contraire par un récit.
    Il dit avoir vu personnellement en Phrygie un lieu où s'élevaient un chêne et un tilleul entourés d'un muret, près d'un lac. »

    C'était à une époque où les dieux avaient encore pour habitude de se promener sur Terre, pour se distraire, et pour voir comment les hommes se comportaient.
    Un jour, justement, Zeus, lassé de boire du nectar et de l'ambroisie qu'on lui servait toujours dans l'Olympe, lassé d'écouter la lyre d'Orphée et de regarder danser les muses, décida de faire une petite balade en Phrygie.
    Zeus voulut savoir jusqu'à quel point le peuple phrygien pratiquait l'hospitalité. Le père des dieux et des hommes s'intéressait très particulièrement à cette vertu puisque tous les hôtes, tous ceux qui cherchent refuge dans un pays étranger se trouvaient sous sa protection personnelle.

    Il se fit accompagner de son fils Hermès, qui était bien le plus amusant des dieux, toujours plein d'astuces. Hermès eut bien soin de quitter ses ailes pour n'être pas reconnu, et de laisser aussi son caducée.
    Et c'est ainsi qu'un jour, deux voyageurs d'aspect tout à fait ordinaire, qu'on aurait pu prendre pour de pauvres vagabonds coureurs de route, traversèrent une des régions montagneuses de la Phrygie. Les deux dieux se promenèrent au hasard à travers le pays.
    Ils arrivèrent dans une grosse bourgade, et, affectant de succomber de fatigue, ils frappèrent à toutes les portes, demandant l'hospitalité, de quoi se restaurer, et un coin pour dormir.
    Personne ne voulut les recevoir; toujours, on les congédiait avec insolence et la porte se refermait. Cent fois et davantage, ils répétèrent leur essai ; partout ils furent traités de la même façon.

    Sortant du bourg, ils arrivèrent au bord d'un petit étang et trouvèrent là une modeste cabane, couverte de chaume et de roseaux; c'était la plus pauvre de toutes celles qu'ils avaient vues jusqu'ici.
    Mais là, quand ils frappèrent, la porte s'ouvrit toute grande et une voix aimable les pria d'entrer. Ils durent se courber pour passer le seuil tant la porte était basse, mais quand ils eurent pénétré à l'intérieur, ils se trouvèrent dans une pièce chaude et accueillante et surtout très propre, où un vieil homme et une vieille femme aux doux visages leur souhaitèrent la bienvenue de la façon la plus amicale et s'affairèrent à les mettre à l'aise.

    Tous deux étaient âgés. Ils s'étaient mariés fort jeunes, et avaient vieilli ensemble dans cette misérable chaumière. Pauvres et sans bien, ils avaient su, par leur vertu, diminuer les rigueurs de l'indigence. Vivant seuls dans cette cabane, ils étaient sans maîtres ni serviteurs.
    Le vieil homme poussa un banc devant l'âtre et les pria de s'y étendre pour reposer leurs membres fatigués et la vieille femme y jeta une couverture. Elle se nommait Baucis, dit-elle aux étrangers, son mari s'appelait Philémon. 

    Ils vivaient depuis leur mariage dans cette chaumière et ils y avaient toujours été heureux. «Nous sommes de pauvres gens, mais la pauvreté n'est pas un si grand malheur quand on est prêt à l'accepter, et un esprit accommodant peut être lui aussi d'un grand secours », conclut-elle. Tout en parlant, elle vaquait à de menues tâches et se préoccupait de leur bien-être.
    Elle souffla sur les braises du foyer jusqu'à ce qu'un bon feu y reprit vie ; pour l'entretenir et faire bouillir la marmite, elle ramassa des copeaux et arracha quelques branches qui soutenaient la cabane; au-dessus des flammes, elle suspendit une petite marmite pleine d'eau; comme celle-ci commençait à bouillir, le mari rentra, portant un beau chou qu'il était allé cueillir dans le jardin. Le chou alla dans la marmite, avec une grande tranche du lard qui pendait à une poutre.

     Puis il prit dans un coin de la chambre un baquet de hêtre et le remplit d'eau chaude pour laver les pieds des voyageurs et reposer leurs membres fatigués. Au milieu de la chambre était un lit de bois de saule. Philémon étendit dessus un tapis dont ils ne se servaient que lors des grandes fêtes. Ce tapis, digne ornement d'un tel lit, était un habit fort usé: ce fut là qu'il fit placer, pour dîner, Zeus et Hermès.
    En attendant que le dîner fut prêt, il entretint ses hôtes pour les empêcher de s'ennuyer.

    Cependant Baucis préparait le couvert. Comme la table avait un pied plus court que les autres, elle y remédia en mettant une brique dessous. Après l'avoir bien essuyée avec de la menthe fraîche, elle y plaça des olives, des baies sauvages, des cornouilles d'automne conservées dans du vinaigre, des endives, du raifort, des radis, des raves, du fromage blanc pressé, des œufs cuits sous la cendre, des noix, des figues, des dattes, des prunes, des pommes odorantes.
    Elle alla cueillir des grappes de raisin sur la vigne qui couvrait une partie de la cabane,
    et les plaça avec les autres fruits. Au milieu de la table était un rayon de miel.
    Philémon et Baucis étaient pauvres, mais tout ce qu'ils avaient, ils le mirent à la disposition des voyageurs. Philémon posât devant ses hôtes des coupes en bois de hêtre, et une jarre en terre cuite contenant un vin qui avait un goût prononcé de vinaigre et largement coupé d'eau. Mais Philémon semblait heureux et fier de pouvoir joindre cet appoint à leur souper et il prenait grand soin de remplir chaque coupe à peine vidée.

    Les deux vieillards étaient si contents et tellement surexcités par le succès de leur hospitalité, qu'il leur fallut tout un temps pour s'apercevoir d'un étrange phénomène. La jarre restait toujours pleine; quel que fût le nombre de coupes versées le niveau du vin ne baissait pas.
    Alors Philémon et Baucis, s'apercevant du prodige, eurent peur.
    Ils comprirent que leurs hôtes étaient des dieux, et demandèrent pardon de ne leur offrir qu'un si modeste repas. Et comme ils avaient une oie familière, et fidèle gardienne de leur petite demeure, ils décidèrent de l'immoler en l'honneur de leurs visiteurs divins.
    « Nous avons une oie », dit le vieil homme. « Nous aurions dû la donner à vos Seigneuries. Mais si vous consentez à patienter un peu, nous allons la préparer pour vous. » Mais la capture de l'oie s'avéra une entreprise qui dépassait leurs maigres forces. Ils s'y essayèrent en vain et s'y épuisèrent, tandis que Zeus et Hermès, grandement divertis, observaient leurs efforts. L'oie leur échappa, et ils ne parvinrent pas à s'en saisir. Elle finit par se réfugier auprès des dieux eux-mêmes, lesquels défendirent qu'on la tuât.
    Et quand Philémon et Baucis, haletants et exténués, durent enfin abandonner leur chasse, les dieux sentirent que le moment d'agir était venu pour eux. Ils se montrèrent, en vérité, très bienveillants. «Ce sont des dieux que vous avez hébergés et vous en serez récompensés», dirent-ils. « Quant à ce pays inhospitalier qui méprise le pauvre étranger, il sera châtié, mais pas vous. »

    Zeus leur demanda alors d'abandonner leur maison et de les suivre jusqu'au haut de la colline voisine. Malgré leur grand âge et leur marche pénible, ils suivirent docilement Zeus et Hermès, que l'oie ne quittait plus.
    Le ciel se chargea alors d'énormes nuages. Parvenus sur les hauteurs, ils se retournèrent,
    et virent tout le bourg et les environs submergés. Tout le village fut englouti par les eaux,
    à l'exception de leur petite cabane.
    Stupéfaits, Philémon et Baucis ne virent plus que de l'eau partout la région tout entière était submergée, un grand lac les entourait. Les voisins ne s'étaient jamais montrés bien aimables pour le vieux couple, qui néanmoins pleura sur eux. Mais une autre merveille sécha les larmes des bons vieillards. La cabane qui depuis si longtemps était leur demeure se transformait sous leurs yeux en un temple majestueux, au toit d'or soutenu par des colonnes du plus beau marbre.

    « Bonnes gens », dit Zeus, « exprimez un vœu et nous vous l'accorderons aussitôt. » Les deux vieillards chuchotèrent un instant, puis Philémon parla: «Qu'il nous soit permis d'être vos ministres et les gardiens de ce temple. Oh, et puisque nous avons si longtemps vécu ensemble ne laissez aucun de nous demeurer seul, un jour ; accordez-nous de mourir ensemble.» Emus, les deux dieux acquiescèrent.
    Leurs souhaits s'accomplirent.

    Longtemps le vieux couple servit dans le grand édifice, et l'histoire ne dit pas s'il leur arriva parfois de regretter leur chaumière douillette et les flammes joyeuses de son âtre. Parvenus à la plus grande vieillesse, ils se trouvaient un jour l'un près de l'autre devant le temple, évoquant des souvenirs de leur vie passée.

    Tout à coup Philémon s'aperçut que Baucis se métamorphosait en arbre, en un magnifique tilleul, et Baucis, de son côté, fut étonnée de voir Philémon devenir un superbe chêne.
    Ils s'adressèrent alors les adieux les plus tendres, qui cessèrent peu à peu, devenant comme un doux murmure dans leurs branches et sous leur feuillage.
     Puis une écorce les entoura. Ils n'eurent que le temps de s'écrier tendrement : « Adieu, cher compagnon» ; les mots avaient à peine passé leurs lèvres qu'ils étaient transformés en arbres. Mais ils étaient toujourPhilémon et  Bauciss ensemble ; le chêne et le tilleul n'avaient qu'un seul tronc.

    « Ainsi, prêtres du temple, ils firent aux pèlerins les honneurs des lieux, jusqu'au jour de leur métamorphose en deux arbres voisins, devenus objets de vénération. Tel fut le récit de Lélex. »

    Aujourd'hui encore, les voyageurs peuvent voir, dans cette région, auprès des ruines d'un temple situé au bord d'un lac, deux arbres voisins, un chêne et un tilleul qui n‘ont qu‘un seul tronc.
    Souvent, à leurs branches, sont suspendues des guirlandes de fleurs.

     


    http://www.yrub.com/mytho/mythphilemonbaucis.htm
    http://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met08/Mo8-Plan.htm
    http://lachenaie.over-blog.fr/article-33282882.html

     

     

    « Les WalkyriesMythes autour de la Lune »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Décembre 2013 à 14:14

    Une très belle légende, merci pour ce partage. Bizz de Béa

    Je profite de ma visite pour te souhaiter un très bon Noël.

    2
    Dimanche 22 Décembre 2013 à 14:37

    Merci Béa, je te souhaite également un très joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d'année, prend soin de toi, bises.

    3
    Lundi 21 Avril 2014 à 20:37

    Bonsoir,

    c'est une de mes préférées et,il y en a tant. Je suis tombée dans une marmite pleine de mythologie grecque quand j'avais 10 ans... ^^

    Belle soirée

    4
    Mardi 22 Avril 2014 à 07:55

    Pareil pour moi, et comme Obélix quand on est tombé dans la marmite on est imprégné pour toujours! smile Cette histoire est en effet très belle, merci de ton commentaire.
    Passe une belle journée, amitiés.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :