• Légendes de Franche Comté

     Légendes de Franche Comté

    Légendes de Franche Comté
     
    " Quand les hommes avaient encore des yeux ingénus, quand restait entier le mystère des monts et des forêts, nul pays plus que le nôtre n'était naturellement fait pour abriter les fées et les génies de toutes sortes, pour développer ce que j'appellerais l'esprit féerique."
    Camille Aymonier

    Légendes et Traditions de la Franche-Comté
    La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d’Orient par les pèlerins, par les croisades; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages et celles dont l’origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

    Ainsi dans ses forêts, ses rivières, au fond de ses vertes vallées, au sein de ses lacs bleus, habitent les fées et les génies, les sylphes et les kobolds. Sur le plateau de Haute-Pierre, on a vu quelquefois passer une autre Mélusine, un être moitié femme et moitié serpent. C’est la Vouivre. Elle n’a point d’yeux, mais elle porte au front une escarboucle qui la guide comme un rayon lumineux le jour et la nuit.
    VOIR: http://triskele.eklablog.com/la-vouivre-a104771688

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    Dans la grange de Mont-Nans, il y a, depuis trois ou quatre générations, un esprit servant comme les kobolds de l’Allemagne et les trolls du Danemark, qui fait la bénédiction de la maison. C’est lui qui prend soin de l’étable, conduit les bestiaux au pâturage, protège la grange, prépare la litière des chevaux, et remplit chaque matin l’abreuvoir d’une eau pure et limpide. On ne le voit pas, mais sans cesse on reconnaît ses bons offices; on s’aperçoit qu’il a veillé sur les récoltes et sur les moissonneurs.
    Pour le conserver, il ne faut que lui abandonner une légère part des produits de la ferme, lui garder à la grange ou au foyer une place très propre, et ne pas médire de lui, car il entend tout ce qu’on dit, et se venge cruellement de ceux qui l’injurient.
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    Quant à la Dame verte, c’est la sylphide, la déesse, la fée des prairies de Franche-Comté: elle est belle et gracieuse; elle a la taille mince et légère, comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige des montagnes, et les yeux bleus comme la source des rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe; les rameaux d’arbres l’effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps.
    Le jour, elle s’assoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d’or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu’elle a rencontré. La nuit, elle rassemble ses compagnes et toutes s’en vont, folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s’est trouvé égaré le soir au milieu des montagnes de Franche-Comté a souvent été surpris d’entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu’on entend habituellement dans le monde: c’étaient les chants de la Dame verte et de ses compagnes.

    Quelquefois aussi les malines sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu’elles aiment, afin de l’attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Si alors il pouvait s’emparer du petit soulier de verre d’une de ces jolies Cendrillon, il serait assez riche; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu’elle rachetât son soulier, et elle l’achèterait à tout prix.

    L’hiver, la Dame verte habite dans ces grottes de rochers où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, qui sont pourtant toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l’éclat à nos regards profanes. C’est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d’agate. C’est là que la Dame verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu’elle s’est choisi. Heureux l’homme qu’elle aime ! C’est pour cet être privilégié qu’elle a de douces paroles, et des regards ardents, et des secrets magiques ; c’est pour lui qu’elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre.
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    Une autre fée franc-comtoise mérite que nous parlions d’elle, la fée Arie. Celle-ci n’a ni l’humeur aussi folâtre, ni la vie aussi joyeuse que la Dame verte, mais c’est la bonne fée de nos chaumières; elle aime l’ordre, le travail; partout où elle reconnaît de telles vertus, elle répand ses bienfaits; elle soutient dans ses devoirs la pauvre mère de famille et les jeunes gens laborieux. Presque jamais on ne la voit, mais elle assiste à tout ce qui se fait dans les champs ou sous le toit du chalet; et si le blé que le paysan moissonne est mieux fauché, si la quenouille de la jeune fille se file plus vite et donne un fil plus beau, c’est que la fée Arie était là, et qu’elle a aidé le paysan et la jeune fille. C’est elle aussi qui récompense les enfants obéissants et studieux; c’est elle qui fait tomber sur leur chemin les prunes des arbres voisins, et leur distribue, à Noël, les noix sèches et les gâteaux; ce qui fait que tous les enfants connaissent la fée Arie, et parlent d’elle avec espoir.
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    Une petite ville des montagnes de Franche-Comté a été plusieurs fois témoin d’une apparition merveilleuse. A un quart de lieue de Maiche (ma ville natale!) au-dessus d’une colline, on aperçoit les restes d’un château entouré de broussailles et de sapins. Là vivait jadis un seigneur avare, dont le cœur était fermé à tout sentiment d’équité, et qui, pour assouvir sa passion sordide, soumettait sans cesse ses vassaux à de nouvelles exactions, et volait le bien de ses voisins. Il est enterré au milieu de ses trésors, mais il ne peut y trouver le repos. Il voudrait pouvoir échanger son sépulcre splendide contre la tombe de terre fraîche où dort si bien le paysan, mais il est condamné à rester là où il a vécu, et il passe la nuit à se rouler sur son or et à gémir.
    Dieu, touché de ses souffrances et des prières que ses descendants ont fait faire pour lui, a cependant ramené l’espoir dans son cœur, et lui a permis de venir dans ce monde chercher quelqu’un qui le délivre. Tous les cent ans, à jour fixe, quand l’obscurité commence à envelopper les campagnes, le vieux seigneur sort de son manoir, tenant une clef rouge et brûlante entre les dents. Il rôde dans les champs, entre dans les enclos, et s’approche de la ville, offrant à tout le monde son visage cadavéreux et sa clef enflammée. Celui qui aurait le courage de prendre cette clef et de le suivre deviendrait à l’instant même possesseur d’immenses trésors, et délivrerait cette pauvre âme des tourments qu’elle endure.
    Jusqu’à présent, personne n’a encore osé se rendre à son appel...
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     Les sorcières
    En Franche-Comté, lorsqu’une femme veut devenir sorcière, le diable, pour ne pas l’effrayer, lui apparaît sous la figure humaine et quitte son vilain nom de Belzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caresse mieux l’oreille, tel que Vert-Joli, Joli-Bois, Verdelet,, etc. Les sorciers sont tenus d’aller au sabbat. Ceux de la contrée de Saint-Claude avaient rendez-vous dans un champ écarté de toute habitation, et près d’une mare d’eau. Ils s’y rendaient habituellement le jeudi et les veilles de grandes fêtes, les uns en se mettant à cheval, les autres en montant sur un mouton noir.
    Là se trouvait Satan, le monarque des enfers; Satan, sous la forme d’un bouc, tenant une chandelle allumée entre ses cornes. Chaque sorcier était obligé de lui offrir une chandelle verte, et de lui faire une autre politesse fort peu récréative. Puis, toute la gente ensorcelée chantait, buvait, mangeait, parodiait les prières de l’église et la messe, et l’orgie durait jusqu’au jour, jusqu’à l’heure où le coq chantait; car on sait que le chant du coq a un grand pouvoir sur les mauvais esprits. Quelquefois l’âme seule s’en allait au sabbat. Le corps restait immobile et comme endormi; l’âme s’échappait à la dérobée et passait la nuit dans son infernale réunion.
    Un jour, un paysan s’aperçut que sa femme couchée à côté de lui ne bougeait, ni ne soufflait. En vain, il l’appelle à haute voix; en vain, il la tire par les bras. Impossible de l’éveiller. Mais, aux premiers rayons du matin, elle se leva en poussant un grand cri. Le paysan, tout troublé, s’en alla raconter cet événement: la femme fut interrogée, et déclara qu’il ne fallait attribuer son profond sommeil qu’à la fatigue qu’elle avait éprouvée la veille en travaillant tout le jour dans les champs. On ne la crut pas, et elle fut brûlée.

    Dans ces nuits passées au sabbat, on ne s’occupait pas seulement de boire et de manger. Il y avait quelquefois de graves conciliabules, où Satan donnait à ses adeptes des leçons de science cabalistique. Les vieilles sorcières racontaient avec orgueil leurs méfaits, et les jeunes s’instruisaient à cette édifiante école. A la fin de la séance, Satan avait coutume de demander aux jeunes femmes nouvellement enrôlées sous sa bannière une mèche de cheveux, ce qui fit dire que la façon de faire que les amoureux observent parfois d’avoir quelques bracelets de cheveux de leurs maîtresses procède du démon, les boucles de cheveux étant peut-être des chaînes magiques liant la conscience...

    UN TRÉSOR ENFOUI : une légende du plateau des Mille Etangs
    "Un vieux magicien qui savait changer le plomb en or voyageait toujours avec un coffre rempli d'un fabuleux trésor. Un soir de Noël, en pleine tempête de neige, il arriva au bord d'un étang. Non loin il aperçut une énorme pierre haute comme deux hommes derrière laquelle il put s'abriter. Sachant que des voleurs rodaient dans le coin, il pensa :
    - Je dois cacher mon trésor.
    Il prononça une formule magique pour faire apparaître son serviteur, un géant invisible. Le géant souleva le gros caillou d'une main et le magicien déposa un coffre plein or. Puis le géant remis tout en ordre.
    Le lendemain, le magicien décida d'aller jusqu'au bout du monde mais de laisser son
    or enfoui afin de voyager le cœur léger. Il dit au géant invisible :
    - Pendant mon absence, la nuit de Noël, au douzième coup de minuit, tu lèveras la pierre, tu la lanceras dans l'étang, tu ouvriras le coffre, tu compteras les pièces en les faisant sonner une à une et tu refermeras le tout.
    - Oui, maitre répondit le géant invisible.
    Et l'homme parti rassuré dans des terres lointaines. Mais jamais, il ne revint.
    Chaque nuit de Noël, si tu braves le froid et la neige, tu apercevras la grande pierre qui s'élève par magie dans les airs pour se rendre vers l'étang et s'y baigner un court instant. Et tu entendras le bruit étrange des pièces d'or qui tintinnabulent.
    C'est le géant invisible qui compte le trésor afin de tenir la promesse faite à son maitre".

     

     

    Sources: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1974
    http://www.franche-comte.org/Decouvrir/Histoire/Contes-et-legendes

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 20 Mars 2014 à 11:17

    Comme tu l'écris au début de ton article " C'était au temps où les hommes avaient encore des yeux ingénus ... ". C'est avec des yeux d'enfant que j'ai lu cet article et je t'en remercie, de temps en temps c'est très agréable wink2 Bises de Béa

    2
    Jeudi 20 Mars 2014 à 11:44

    Gardons toujours nos yeux d'enfant ma chère Béa, merci de ta visite et je te souhaite une belle journée printanière sous le soleil, bises.

    3
    Jeudi 20 Mars 2014 à 16:04

    Ces contes et légendes nous parlent surtout des gens d'autrefois et rendent compte de leurs vies et de leurs rêves de mondes meilleurs. Bonne fin de journée, sous le soleil oui.

    4
    Jeudi 20 Mars 2014 à 16:35

    C'est vrai, c'était une façon de rêver, de s'évader du quotidien. Bonne soirée à toi aussi Fardoise.

    5
    Samedi 22 Mars 2014 à 15:07

    Je vois que je t'ai pris de vitesse ... happy Bonne fin de semaine et à bientôt.


    Bises de

    6
    Samedi 22 Mars 2014 à 15:45

    Béa, Speedy Gonzales, smile c'est que je flemmarde un peu en ce moment.
    Jolie signature Béa, bon week-end, ici il pleut, bises.

    7
    Julien
    Vendredi 5 Février 2016 à 15:16

    Bonjour, 

    Merci pour cet article. J'ai une petite question : Ou se trouve exactement "cette petite ville des montagnes de Franche-Comté qui a été plusieurs fois témoin d’une apparition merveilleuse. A un quart de lieue de Maiche au-dessus d’une colline, on aperçoit les restes d’un château entouré de broussailles et de sapins". Merci beaucoup pour votre réponse

    Julien

    8
    Vendredi 5 Février 2016 à 16:09

    Bonjour Julien, pour répondre à votre question je n'ai aucune certitude. Je peux juste supposer qu'il  pourrait s'agir des ruines du vieux château construit au X° siècle par Rodolphe de Burgondie et détruit en 1615, encore visibles sur la colline située en bordure de la commune de Mancenans.

    Trouvé sur Wikipédia. Merci de votre visite.

     

     

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