• Mami Wata

     

    Chromolithographie de l'artiste hambourgeois Arnold Schleisinger (1926)

    Mami Wata

     

    Mamy Wata est la Mère des eaux, mi-femme mi-poisson, mi-terrestre mi-aquatique, déesse du culte vodun au Togo et au Bénin, esprit de l’eau craint par les pêcheurs du Nigeria et du Ghana, mangeuse d’hommes qui erre dans la nuit africaine, sous les traits d’une revenante, sainte patronne des prostituées de Kinshasa.

    Mamy Wata est une divinité qui est l’objet d’autant de cultes que d’adeptes. Héroïne de contes lacustres et de légendes urbaines, elle recouvre autant de symboles que de cultures, et incarne autant de vertus que d’espoirs, autant de maléfices que de peurs.
    C'est la déesse mère des Eaux, déesse crainte des Pêcheurs, elle symbolise aussi bien la mer nourricière que l'océan destructeur.

    Mami Wata est généralement décrite comme une femme d'une grande beauté, aux cheveux noirs, raides ou bouclés, qu'elle coiffe avec un peigne d'or. Elle a la peau claire, les yeux grands et brillants, ses vêtements sont à la dernière mode et ses bijoux aveuglants. Ces signes de richesse sont le signe de la nature dangereuse de Mami Wata.

    Mais le plus souvent elle est décrite sous les traits d'une sirène mi-femme mi-poisson ou mi-femme mi-serpent. Un grand serpent (symbole de la divination et de la divinité) l'accompagne souvent. Par ces attributs elle ressemble beaucoup aux Vouivres européennes et rappelle évidemment Mélusine.

    Cette sirène est l’une des rares déités de la mythologie africaine à être représentée, picturalement parlant, sous des traits et une forme récurrents.

    Mami Wata

    Selon une tradition nigérianne, les adeptes hommes peuvent rencontrer Mami Wata sous la forme d'une belle prostituée. Après l'acte sexuel, elle lui apparaît et lui demande la fidélité et le secret. S'il accepte, la fortune et la santé lui sont accordées, sinon, ruine sur sa famille, ses finances et son travail.

    Van Stipriaan rapporte d'autres histoires dans lesquelles des voyageurs (des hommes) la rencontrent sur la rivière. Mami Wata est immanquablement à sa toilette, se coiffant les cheveux en se regardant dans un miroir. Quand elle remarque l'intrus, elle s'enfuit dans l'eau en laissant ses affaires derrière elle dont le voyageur s'empare. Plus tard elle lui apparaît en rêve et lui demande la restitution de ses affaires et qu'il lui soit sexuellement fidèle. S'il accepte, la fortune lui est accordée, sinon il a le mauvais œil.

    Mamiwata, en plus d’être un être hybride, est une divinité étrangère. Etrangère aux hommes et étrangère à la nature. C’est une créature supranaturelle, car elle incarne le croisement de trois mondes : animal, humain et spirituel.
    Mamiwata est également la seule divinité africaine, vénérée ou connue dans un espace géographique rassemblant des cultures et des peuples aussi divers que les Ibo du Nigeria, les Ewé du Bénin, les Bamiléké du Cameroun et les Kongo de la RDC. Bien qu’elle soit l’objet de cultes différents et soit rattachée à des symboles bien particuliers selon les ethnies, les croyances, mais aussi les milieux sociaux, on peut dire que Mamiwata est une déesse « panafricaine ».

    En se basant sur la localisation « côtière » des pays où le culte de Mamiwata est le plus répandu, à savoir le golfe de Guinée, pour le Nigeria, le Ghana, le Bénin et le Togo, et l’Afrique Centrale pour le Cameroun et la RDC, certains chercheurs sont arrivés à la conclusion que Mamiwata, dans sa représentation moderne, est apparue pour la première fois en Afrique au 15ème siècle, au moment où les Européens ont abordé les côtes du continent noir. La sirène aurait été introduite en Afrique, à la fois par les récits des marins européens, mais également par les figures de proue de leurs navires, qui représentaient très souvent une sirène.
    Elle serait selon certains la représentation du mal et des vices apportés par l’homme blanc.

    Son culte varie selon ses initiés, prêtres et adorateurs, cependant des grandes lignes se dégagent. Des réunions peuvent avoir lieu, mais la déité est plus encline à des rapports individuels avec ses suiveurs. Elle a de nombreux prêtres et médiums en Afrique, en Amérique et aux Caraïbes, qui sont spécifiquement initiés.

    Au Nigéria, ses adeptes portent des vêtements rouges et blancs, car ces couleurs représentent la nature double de Mami Wata : dans l'iconographie igbo, le rouge représente la mort, la destruction, la chaleur, la masculinité et le pouvoir alors que le blanc symbolise également la mort, mais aussi la beauté, la création, la féminité, le renouveau, la spiritualité, l'eau et la santé. Les sanctuaires de Mami Wata peuvent être décorés de ces couleurs et avec des cloches, des sculptures, des icônes chrétiennes ou indiennes, des poupées, de l'encens et des restes de sacrifices précédents.

    Le culte de Mami Wata consiste en des danses accompagnées de musique. Les adeptes dansent jusqu'à entrer en transe. Elle les possède alors et leur parle. Les offrandes sont également importantes : elle préfère de la nourriture et de la boisson, de l'alcool, des objets odorants (pommade, poudre, encens, savon, etc.) ou des biens précieux comme les bijoux. Les adorateurs modernes offrent couramment des biens manufacturés (Coca-Cola, bijoux de créateurs, etc.)

    La religion vodun ayant traversé l’Atlantique avec les esclaves africains durant près de quatre siècles de traite, la sirène Mamiwata est également très présente dans certains cultes de la diaspora noire.
    On la retrouve dans les Caraïbes, et dans certaines régions d'Amérique du Nord et du Sud, souvent sous le nom de Water Mama. Elle est en particulier vénérée dans le culte du Candomblé au Brésil, où elle porte le nom de Yemanja, et ceux de la Santeria à Cuba ou en Haïti, où les descendants d’esclaves africains l’ont baptisée Yemoya. Un culte spécial lui est consacré dans la tradition du vaudou haïtien sous le nom de Iemanja.

    Selon les traditions des deux côtés de l'Atlantique, l'esprit enlève ses adeptes ou des gens au hasard alors qu'ils nagent ou qu'ils sont en bateau. Elle les emmène dans son royaume qui peut être sous l'eau, dans le monde des esprits, ou les deux. Si elle leur permet de partir, les voyageurs reviennent souvent dans des vêtements secs et avec une nouvelle intelligence spirituelle qui se reflète dans leur regard, souvent ils s'enrichissent, deviennent plus séduisants et plus faciles à vivre.

    Mamiwata est donc une combinaison subtile de croyances africaines et d’imageries à la fois européennes et indiennes. L’aspect « étranger » de Mamiwata a d’ailleurs toujours été fortement souligné dans sa représentation picturale, comme symbole des bouleversements culturels apportés par la traite négrière et la colonisation européenne.

     

    Mami Wata

     

     

    Sources: Wikipédia et http://www.masque-africain.com/sculptures.html

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 18 Septembre 2016 à 09:41

    Premiéres impresions :poisons et contre-poisons nous sont" offerts" par Dame Nature : la mer nourricière que l'océan destructeur.

    Je continue la découverte.

      • Dimanche 18 Septembre 2016 à 10:11

        En toute chose comme en tout être il y a une face blanche et une face noire, un côté positif et un côté négatif, tout l'art réside dans le fait de savoir les équilibrer.

        Merci de ton passage frère Loup.

    2
    ECNI
    Dimanche 18 Septembre 2016 à 10:50

    Cette MAMI WATA est donc une sirène Africaine , comme la LORELAI , la MOUIVRE ou les sirènes d'Ulisse  ???  

    Mais avec la particularité d'être moralisatrice ... et donc plus intéressante que les autres.

    Une fois de plus merci pour cet article,  toujours aussi intéressant que les nombreux autres

    3
    Dimanche 18 Septembre 2016 à 11:11

    Elle semble avoir emprunté un peu de chacune de ces femmes-poissons mythiques en effet.

    Merci à toi Jean Paul, bon dimanche, bises.

    4
    Dimanche 18 Septembre 2016 à 17:21

    Un détail est frappant : la majeur partie des « histoires de légende » gravitent au tour du sexe.

     

    Prostituée, femme dénudée, rapports avec le pouvoir, l'argent.....la frontière entre le bien et le mal est si fragile...difficilement détectable et facilement franchissable !

      • Dimanche 18 Septembre 2016 à 17:58

        C'est vrai, les dieux ont les mêmes défauts que nous, ou plutôt nous avons les mêmes qu'eux puisqu'il parait qu'ils nous ont créés à leur image.

        Ce qui me pousse à croire qu'ils ne sont pas sortis de l'imagination des hommes, mais  (je te laisse imaginer la suite de ma pensée)...

        Passe une douce soirée Loup philosophe.☺

    5
    Dimanche 18 Septembre 2016 à 19:47

     j aime  ces demmes poissons  appelées  sirénes

     j espére qu 'il en reste encore  dans les océans

      ce texte l à beaucoup plut

     bonne fin de journée pour yoi

     kénavo

      • Dimanche 18 Septembre 2016 à 20:40

        S'il en reste je suis sûre que tu seras la première à les voir Monica.

        Merci et bonne soirée à toi, ken emberr, bises.

    6
    Mercredi 21 Septembre 2016 à 12:18

    Bonjour Triskèle ! 

    Hi, hi, j'ai eu peur en arrivant sur ton autre blog que tu aies abandonné celui-ci ! ... yes Tes récits m'auraient manqués ... Une sirène noire, pourquoi pas ? ... Inhabituel, je n'en avais jamais entendu parler. Bises 

      • Mercredi 21 Septembre 2016 à 12:41

        Mais non mais non, en tout cas pas pour l'instant ma chère Béa, mais une envie m'a pris de montrer d'autres choses alors je l'ai écoutée. smile

        Bonne journée à toi, moi je suis sous un orage de grêle! Bises.

    7
    Dimanche 25 Septembre 2016 à 09:53

    Je ne l'ai pas rencontré sur la Loire mais bon gardons nous des sirènes, elles exigent trop de nous.

      • Dimanche 25 Septembre 2016 à 10:22

        Il n'y a peut-être pas de sirènes dans la Loire mais il semble y avoir une vouivre, tu la verras peut-être un jour Volodia, mais sois prudent dans ton approche!

        http://livre.ciclic.fr/la-vouivre-de-loire

        Merci de ton passage, bon dimanche ensoleillé j'espère, bises.

    8
    Sista ninie
    Vendredi 30 Septembre 2016 à 20:59

    Iemanja... <3

    Bel article merci chère Annie :) J'en profite pour prendre de tes nouvelles : j'espère que tout va au mieux de ton côté. Et je t'embrasse !

      • Samedi 1er Octobre 2016 à 08:00

        Te retrouver ici me fait un grand plaisir ma petite Sista, alors tout va bien. J'espère que pour toi aussi, et que les études que tu faisais t'ont permis de réaliser tes souhaits.

        Passe un très bon week-end ma puce, je t'embrasse avec toute mon affection.

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