• L'Air Merveilleux

    Théodore Valério

    L’air merveilleux


    Un conte du célèbre William Butler Yeats.

    O’Connor était le roi des ménétriers d’Irlande. Dans la province de Munster, il n’avait pas son pareil. Son répertoire comptait bien des airs, mais il en connaissait un qui était vraiment extraordinaire. Il était capable de faire danser les vivants…et les morts.

    A la première note, les souliers vous tremblaient aux pieds comme si vous aviez la fièvre; vieux ou jeunes, personne n‘y résistait; on se mettait à danser, à danser comme des fous, tournant de tous côtés comme feuilles au vent, et cela tant que durait la musique.
    Aussi O’Connor était-il de toutes les noces, avec sa cornemuse. Il s’y rendait, fidèlement accompagné partout de sa mère qui lui servait de guide, car le pauvre garçon était aveugle. Un beau jour, au village d’Iveragh, O’Connor avait déjà tant et tant fait danser la jeunesse que son gosier était aride comme un vieux parchemin.

     

    L'Air Merveilleux

    - Voulez-vous un verre ? lui proposa-t-on.
    - Inutile, passez-moi la bouteille !
    Et, empoignant la bouteille de whisky, il ne la rendit…que vide ! Et tout à coup, sans aucun avertissement, voilà que le ménétrier entame son air merveilleux. On aurait dit qu’un grand vent de folie soufflait sur la place du village. O’Connor lui-même ne pouvait rester tranquille: il se balançait d’une jambe sur l’autre comme une barque par grosse mer. Et même sa vieille mère faisait aller ses os en cadence comme toutes les femmes de l’assemblée.

    Mais cela n’était rien en comparaison de ce qu’il se passait sur le rivage. La grève était couverte de poissons de L'Air Merveilleuxtoutes sortes qui sautillaient, voletaient, sautaient, replongeaient et ressortaient, se démenant de plus en plus vite, suivant le rythme endiablé de la musique. D’énormes crabes tournaient en rond sur une seule patte en vrais acrobates. Des phoques gigantesques, dressés sur leurs pattes malhabiles, s’avançaient vers le rivage à la tête de troupes de poissons, homards, langoustes, tous décidés à danser. C’était un extraordinaire spectacle de les voir ainsi suivre la mesure: Toutes les créatures de la mer dansaient comme des folles, prises de frénésie; les bancs argentés des sardines arrivaient jusqu’au rivage. Les moules et les huîtres agitaient leurs coquilles en guise de castagnettes.
    Jamais on n’avait vu pareil spectacle!

    Inlassable, O’Connor jouait toujours.
    Mais voilà que, au milieu des poissons, apparut une jeune femme belle comme le jour. Elle avait une longue chevelure verte; ses dents luisaient comme des perles, ses lèvres semblaient de corail et sa robe était blanche comme l’écume de la mer. Du moins ce qu’elle en montrait sur le haut de son corps, car en-dessous, du bas de sa robe dépassait une queue de poisson.

    Elle s’approcha de O’Connor et lui chanta d’une voix mélodieuse:
    - Je suis la dame de la mer et je demeure au fond des eaux. Viens avec moi et sois mon époux. Tu auras de la vaisselle d’or et d’argent, et tu règneras sur tous les animaux qui peuplent les mers.
    O’Connor se tourna vers elle :
    - Merci madame, mais boire de l’eau salée ne me va pas ! Car il aimait bien la bouteille qu’on lui offrait.
    Alors, tout en dansant, la Dame de la Mer se prit à persuader le ménétrier. Autour d’eux, les gens dansaient et les poissons, tous les poissons de la mer, menaient aussi leur ronde.

    L'Air Merveilleux

    Bélinda Morris

    Enfin, la sirène finit par convaincre O’Connor de l’accompagner au royaume marin. Sa mère lui cria bien de revenir quand elle le vit atteindre le bord de la mer en compagnie de la belle étrangère. Mais il ne l’écouta pas. Il continua d’avancer toujours. Et voilà qu’une vague haute comme une maison arriva sur lui, prête, aurait-on dit, à l’engloutir ; il n’y fit aucune attention. Sa mère se mit à pleurer, mais, malgré ses cris et ses pleurs, elle ne pouvait s’arrêter de danser. Enfin, son fils se tourna vers elle et lui dit :
    - Je suis bien heureux ma mère ! Je vais devenir le Roi de la Mer, et je te promets de t’envoyer tous les ans un…


    Mais il n’eut pas le temps d’achever…La dame aux cheveux verts, voyant une vague encore plus haute s’avancer, s’enveloppa avec le musicien dans un manteau d’écume à grand capuchon. La vague, dressée à une hauteur gigantesque au-dessus d’eux, retomba sur le rivage dans un fracas épouvantable.

    On ne revit plus jamais, jamais, le musicien, mais souvent, sur la côte de Kerry, par les nuits tranquilles, les mariniers entendent le bruit de la musique venant du fond de l’eau, et certains prétendent même reconnaître le son de la cornemuse d’O’Connor.

     

     

     

     

     
     

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  • Lebor Gabála Érenn

    Eriu par Jim Fitzpatrick

    Lebor Gabála Érenn
    Le livre des conquêtes de l’Irlande

     

    Tuan mac Cairill - Fintan mac Bóchra

    Dans la mythologie celtique irlandaise, Tuan Mac Cairill est le seul survivant de la race de Partholon, le premier peuple « mythique » à conquérir l’Irlande. Tuan est à la fois l’Homme et le Druide primordial. Il ne doit sa survie qu’à des métamorphoses animales successives, pour finalement revenir à l’état humain.
    Il connaîtra les cinq âges ( les cinq peuplements de la verte Erin ) en se métamorphosant à chaque fois jusqu’à ce qu’il soit avalé sous forme de saumon par la reine Cairill qui l’enfantera… C'est à partir de ce moment qu'il prend le nom de Tuan mac Cairill ou Cairell, "Tuan fils de Cairill".
    Il aura conservé en lui la mémoire et le savoir des origines; devenu humain, il transmet alors ses connaissances…
    Tuan Mac Cairill représente la préservation du savoir par transmission de générations en générations.

    Une autre légende presque identique attribue ce rôle à Fintan, mais la mythologie selon Fintan commence avant le déluge, bien avant celle de Tuan.

    Fintan mac Bóchra, dans la mythologie celtique irlandaise, est un druide primordial, associé à l’épopée du peuple de Cesair, ayant peuplé l’Irlande avant le déluge.
    Après le Déluge, il subit diverses métamorphoses animales qui doivent lui permettre de traverser les millénaires, pour transmettre sa science et son histoire aux Irlandais, tout comme Tuan.
    Selon certaines versions il aurait vécu environ 5500 ans sous ses diverses formes.

     Lebor Gabála Érenn

    La légende de Fintan mac Bóchra

    Le peuple de Cesair
    • Cesair est la fille de Bith, elle est la première femme à vivre en Irlande durant cinquante ans avant le Déluge qui va anéantir tout son peuple, sauf un : Fintan.
    Venue d’Egypte selon la version païenne, la version chrétienne en fait la petite fille de Noé qui lui refuse l’accès à son arche, elle construit donc la sienne.
    Cesair prend le commandement d’une troupe de cinquante femmes, accompagnées de trois hommes : son père Bith, Ladra et Fintan. Ils embarquent pour une navigation de sept ans qui va les mener en Irlande. Les trois hommes épousent toutes les femmes, dix-sept pour Bith, seize pour Ladra, et dix-sept femmes pour Fintan dont Cesair. De toutes ces unions, il n’a qu’un fils, Illann. À la mort de Ladra, puis celle de Bith, il épouse leurs veuves.
    Lorsque le Déluge inonde l’Irlande, tous les membres du peuple de Cesair périssent noyés, à l’exception de Fintan qui se transforme en saumon. Il reste ainsi une année entière sous l’eau, ayant établi sa résidence dans une grotte. Puis il survit pendant 5 500 ans, en se transformant en aigle, en faucon, pour finalement reprendre forme humaine.

    Les Fomoires
    • Les Fomoires (Fomores) débarquent sur l'île après le Déluge, ils sont parfois appelés « Géants de la Mer ». Nombreux, ils sont décrits comme affreux, inhumains et démoniaques, et dotés de pouvoirs magiques. Ils combattront tous les occupants successifs, sauf les Fir Bolg, ils représentent le chaos et le désordre perpétuel.

    Les Partholoniens
    • Selon le Lebor Gabála Érenn, les Partholoniens (du nom de leur chef Partholon) sont arrivés en Irlande 312 ans après le Déluge, le jour de la fête de Beltaine (1er mai). Leur règne va durer 300 ans; on leur attribue l’invention du druidisme, de l’agriculture, de l’élevage, de la métallurgie. Parallèlement, ils doivent lutter contre les Fomoires.
    Une épidémie va les décimer le jour de Beltaine (1er mai). Il n'en réchappe que Tuan Mac Cairill, dont le récit, qui constitue une légende distincte, retrace à son tour l'histoire des invasions. (Première conquête).

    L’histoire de Tuan est relatée par trois manuscrits, « L'histoire de Tuan Mac Cairill racontée à Finnen de Mag Bile » dont il existe deux exemplaires peu différents, et celui du livre de la vache brune (Lebor na hUidre). Fils de Starn, il est donc le neveu de Partholon. Il fait partie de ceux qui furent les premiers à débarquer en Irlande. Seul survivant des Partholoniens, c'est lui qui relate l'histoire des cinq conquêtes de l'Irlande après le Déluge à Saint Finnian, ou Finnen, le fondateur du monastère chrétien de Mag Bile.

    Lebor Gabála Érenn

    La légende de Tuan Mac Cairill

    Saint Finnen voit venir à lui un " clerc vénérable " qui lui dit être Tuan mac Cairill, mais que son nom est aussi Tuan, fils de Starn, le fils du frère de Partholon, le premier occupant de l'Irlande après le Déluge. A la demande de Finnen, Tuan raconte les évènements d'Irlande depuis le commencement, et parle des cinq conquêtes de l'Irlande après le Déluge :

    « Il y eut cinq invasions en Irlande. Personne n'y vint avant le déluge (il ignore Cesair et les Fomoires). Après le déluge, personne n'y vint avant trois cent douze ans. Partholon, fils de Sera, aborda en Irlande, en exil, avec vingt-quatre hommes et chacun leur femme. Ils s'établirent en Irlande et leur race y vécut pendant cinq mille (?) ans. Mais en l’espace d’une semaine, une grande mortalité s'abattit sur eux et tous moururent. Mais il n'y a pas de désastre sans un survivant pour raconter l'histoire. Je suis cet homme. »

    « Alors j'allais de colline en colline, de falaise en falaise, me gardant des loups pendant trente-deux ans durant lesquels l'Irlande fut vide. Enfin, la vieillesse vint sur moi. J'errais dans les déserts et sur les falaises. Puis il me fut difficile de bouger et j'habitais des grottes. »

    Les Nemediens
    • Les Nemediens sont conduits par Nemed, dont le nom signifie sacré. Après une période de paix, ils doivent résister aux Fomoires qui tentent de reconquérir l'île et parviennent à s'y implanter. Les Nemediens doivent leur payer tribut chaque année. Après une dernière révolte, ils doivent fuir. (Deuxième conquête).

    - Arrive alors Nemed et ses compagnons. Tuan, caché et mal en point, les voit arriver. Une nuit, il se réveille transformé en faon, " jeune et de bonne humeur ".  Après cela, Tuan est le prince des cerfs d'Irlande.

    Lebor Gabála Érenn « Alors vint Nemed, fils d'Agnoman, qui prit possession de l'Irlande. Je les voyais du haut des rochers mais je ne voulus pas me montrer. J'avais de grands cheveux, de grands ongles, j'étais gris, décrépit et nu, dans la misère et la souffrance. Un soir je me suis endormi et je me suis réveillé sous la forme d'un cerf. Je fus jeune et mon esprit se réjouit.
    « Quand j'eus pris cette forme animale, je devins chef des troupeaux d'Irlande. De grands troupeaux de cerfs couraient autour de moi, quelques chemins où je fusse. Telle fut ma vie au temps de Nemed. Après cela, la race de Nemed s'accrut et il y eut jusqu'à quatre mille trente couples. Cependant, tous moururent. Alors la vieillesse vint sur moi. Je fuyais les hommes et les loups. »

    La race de Nemed se multiplie, puis disparaît (fuit?). Tuan vieillit alors et s'enfuit encore.

    « J'avais coutume de revenir en Ulster à l'époque de ma vieillesse et de ma décrépitude, car c'est en ce lieu que j'avais toujours changé d'aspect, et voilà pourquoi je venais toujours attendre là le rajeunissement de mon corps.
    Un jour que j'étais sur le seuil de ma caverne, je sus que je passai d'une forme à l'autre. Alors, j'ai revêtu encoreLebor Gabála Érenn un autre aspect, un poil rude et gris. J'allais sous l'apparence d'un sanglier

    Tuan est le roi des troupeaux de sangliers, il parcourt l'Irlande mais surtout l'Ulster : c'est là qu'il change de forme.

    « Ce fut alors que Senion, fils de Stariath, prit l'île. De lui viennent les Fîr Domnainn, les Fîr Bolg et les Galian, et ils possédèrent l'île pendant un certain temps. Or j'étais sur le seuil de mon antre, le souvenir m'en est resté. Je sais que changea l'aspect de mon corps et je fus un sanglier. »

     

    Les Fir Bolg
    • Les Fir Bolg succèdent aux Nemediens, le nom Bolg aurait un rapport avec la foudre mais certains font un rapprochement avec le peuple gaulois des Belges. Selon d’autres sources ils seraient descendants des Nemediens partis en Grèce puis revenus en Irlande. Ils vont entrer en guerre avec de nouveaux arrivants, les Tuatha Dé Danann et seront vaincus lors de la « Première Bataille de Mag Tuireadh » (Cét-chath Maige Tuired), (Troisième conquête).

    - Semion et les Fir Bolg arrivent en Irlande et la peuplent. Tuan sent venir l'âge, il retourne à ses cavernes, et jeûne pendant trois jours. Il est alors transformé en faucon (ou vautour).

    Lebor Gabála Érenn « Puis j'atteignis encore la vieillesse, j'avais l'esprit triste, je ne pouvais faire ce que je faisais autrefois. J'habitais de sombres cavernes, des rochers perdus, j'étais seul. Je suis rentré dans ma demeure. Je me suis souvenu de toutes mes formes antérieures. J'ai jeûné pendant trois jours.
    Au bout de trois jours, je n'avais plus de force. Je fus changé en un grand vautour, en un énorme aigle de la mer. Mon esprit fut de nouveau joyeux. Je fus capable de tout faire. Je devins chasseur et actif. Je parcourus toute l'Irlande et je sus ce qui s'y passait. »

     

    Les Tuatha Dé Danann
    • Les Tuatha Dé Danann (Tribu des Dieux des Arts ou Tribu de la Déesse Dana) sont les dieux de l'Irlande (avec des équivalences dans tout le monde celtique, que l’on retrouve dans nombre de récits. La « Seconde Bataille de Mag Tuireadh » (Cath Dédenach Maige Tuired) les met aux prises avec les Fomoires qu'ils mettent en déroute. Mais face aux Milésiens, ils doivent se replier dans le Sidh. (Quatrième conquête).

    - Puis arrivent les Túatha Dé Danann. Tuan reste faucon (ou vautour). Mais il est fatigué et reste dans le creux d'un arbre au-dessus de la rivière.

    « Beothach, fils de Iarbonel le prophète, s'empara de cette île après avoir vaincu les races qui l'occupaient. C'est d'eux que viennent les Tuatha Dé Danann dont l'origine est, dit-on, inconnue. Mais il est probable qu'ils venaient des cieux, tant ils étaient intelligents, tant leur science était étonnante. »

    Il voit l'invasion des fils de Mile. « C'est ainsi que j'ai survécu à toutes les races qui ont envahi l'Irlande. Ce furent les Fils de Mile qui prirent l'île de force sur les Tuatha Dé Danann. J'étais alors en cette forme de vautour, dans le creux d'un arbre, près d'une rivière. Le sommeil m'a alourdi pendant neuf jours. »

    Les Milesiens
    • Les Milesiens, qu'on appelle aussi les « fils de Mile » (du latin "miles" : "soldat") sont originaires d’Espagne, ce sont des humains. Eux aussi arrivent le jour de la fête de Beltaine. Leur chef est le « file » Amorgen Glungel. Après avoir évincés les Tuatha Dé Danann, ils prennent possession de l'île, ce sont les Gaèls. (Cinquième conquête).

    Lebor Gabála Érenn Tuan jeûne pendant neuf jours, et est changé en saumon vigoureux et vif, qui échappe aux pêcheurs et aux oiseaux.

    « J'ai été changé en saumon. Alors je fus en la rivière. J'y fus bien, j'y fus actif et heureux. Je savais bien nager et j'échappais longtemps à tous les périls, aux mains des pêcheurs armés de filets, aux serres des vautours et aux javelots que les chasseurs lançaient sur moi... »

    - Un jour, cependant, le pêcheur du roi Cairill réussit à l'attraper. Le saumon est rôti et offert à la reine qui le mange entièrement. Tuan est alors " en son sein ". Il naît sous forme humaine et on lui donne le nom de Tuan, fils de Cairill.

    « Mais un pêcheur me prit et me porta à la femme de Cairill, roi de ce pays. Je me souviens très bien de cela. L'homme me mit sur le gril. La femme eut envie de moi et me dévora en entier. Et je fus en son ventre.
    Je me souviens du temps où j'étais dans le ventre de la femme de Cairill. Je me souviens aussi qu'après cela, je commençai à parler comme les hommes. Je savais tout ce qui avait été en Irlande. Je fus prophète et on me donna un nom : on m'appela Tuân, fils de Cairill. »


    Tuan reste une semaine avec Finnen à lui raconter les détails de l'histoire d'Irlande, mais n'accepte pas de rester et le quitte.

    On ne sait pas ce qu’est devenu Tuan.
    Fintan et lui étaient-ils une seule et même personne? Le doute est permis. On retrouve Fintan dans la suite de l’histoire, notamment dans la création des 5 provinces d’Irlande et de Tara, le siège du grand roi.
    Fintan quitte la vie terrestre au Ve siècle, une fois que l’Irlande est convertie au christianisme parait-il.


    D‘après Fergus Bodu pour l‘Arbre Celtique: « Tuan mac Cairill ne fait pas l'objet de " réincarnations ", mais simplement de transformations involontaires, (ou peut-être volontaires grâce à ses pouvoirs de druide shaman), au cours d'une vie anormalement longue. Tuan ne meurt jamais; il reste conscient et se souvient de ses formes précédentes. Même sa dernière transformation, de saumon grillé en enfant humain, n'est pas une réincarnation. »

    En tout cas, Tuan, dans ce texte, est un personnage sacré, maintenu en vie pour qu'il transmette aux Irlandais leur histoire ancienne.

    Les Irlandais ont perpétué leurs légendes et leur histoire oralement, et plus tard les clercs du Moyen-Âge les ont retranscrites en tentant de les intégrer à la foi chrétienne, comme par exemple dans la légende de Fintan en ajoutant la référence au Déluge et la parenté de Cesair avec Noé.
    C'est grâce à cette attitude que nous possédons tous ces textes et que nous connaissons une bonne partie des mythes celtiques anciens.

     

    Lebor Gabála Érenn

     Les Thuata Dé Danann par Jim Fitzpatrick

     

     


    Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fintan_(mythologie_celtique)
    https://wikimonde.com/article/Lebor_Gab%C3%A1la_%C3%89renn
    et http://encyclopedie.arbre-celtique.com/legende-de-tuan-mac-cairill-2484.htm

     

     

     

     


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  • Sadko au fond de l'océan par Ilya Yefimovich Repin

     

    Sadko


    Légende Russe présentée sous plusieurs versions, et même en opéra.


    Sadko était musicien, il vivait à Novgorod et jouait des gousslis de platane pour les riches marchands lors des somptueux banquets.

    Il n'a pour tout bien que ses gousslis; il gagne sa vie à jouer dans les festins. Or, un jour, on ne l'invite pas à la fête, ni le lendemain, ni le surlendemain.
    Il s'en va tristement sur le rivage du lac Ilmen, s'assit sur une pierre blanche qui luisait et se met à jouer de ses gousslis. Le premier jour, les eaux du lac commencent à s'agiter; Sadko prend peur et s'enfuit à Novgorod. Il y retrouve la misère et revient une seconde fois jouer sur le lac : une seconde fois les eaux s'agitent, et Sadko s'en retourne effrayé. Poussé encore par la misère chaque jour plus pressante, il vient s'asseoir sur les rochers blancs et recommence à jouer : les eaux s'agitent et à leur surface apparaît le dieu de l’onde.

    Il avait tant aimé la musique de Sadko qu'il lui demanda de venir jouer dans son royaume sous-marin, lui promettant une récompense confortable.

    Sadko n'avait pas encore dit oui qu'il se retrouva au fond de l'océan dans un palais de corail. Le dieu des mers, assis sur son trône de coquillages dans une grande salle, lui ordonna de jouer. Dès que Sadko entonna un air, le dieu se mit à danser. En surface, les eaux écumaient et des vagues hautes comme des collines déferlaient, faisant sombrer les bateaux dans les profondeurs marines. Sadko joua tout un jour, puis deux, puis trois…
    Beaucoup de vaisseaux furent démolis dans la mer bleue,
    Beaucoup de biens périrent,
    Beaucoup de braves gens furent noyés.

    Illustration Xénia Myagina

    Au bout d'un moment, Sadko était si fatigué qu'il ne pouvait jouer une note de plus. Il sentit une main se poser sur son épaule et, se retournant, vit un homme à barbe blanche.

    Le sage lui conseilla de casser les cordes de son instrument pour interrompre la danse. Le dieu des mers lui offrirait une fiancée en récompense. Mais il ne devra pas se hâter de choisir et laisser les trois cents premières, puis les trois cents suivantes et encore trois cents passer, et ne prendre que la toute dernière pour épouse.
    Le sage prévint Sadko, il ne devra pas toucher la jeune épousée sous peine de rester à jamais sous les eaux.

    Quand tu te choisiras une jeune beauté,
    Laisse passer d'abord trois cents filles,
    En second lieu, laisse passer trois cents filles,
    En troisième lieu, laisse passer trois cents filles,
    Derrière marchera une jeune beauté,
    La jeune beauté Tchernavouchka,
    Prends cette Tchernava en mariage.
    Quand tu te coucheras la première nuit,
    Ne fais pas avec ta femme l'amour dans la mer bleue :
    Car tu resterais éternellement dans la mer bleue;
    Mais si tu ne fais pas l'amour dans la mer bleue,
    Tu te coucheras auprès de la jeune beauté
    Et tu seras, Sadko, à Novgorod...


    Alors Sadko cassa ses cordes et la danse s'interrompit. Le dieu des mers protesta mais insista pour que Sadko ait sa récompense : il choisira sa fiancée parmi ses filles.
    Une procession de jeunes vierges apparut, chacune plus belle que la précédente. Sadko laisse passer les trois cents premières, puis les trois cents suivantes et encore trois cents. Arriva alors Tchernava, la plus belle de toutes. Et Sadko la prit pour épouse.

    Illustration Xénia Myagina

    Plus tard dans la nuit, quand Sadko resta seul avec sa femme, il se souvint de l'avertissement du vieil homme et se coucha sans la toucher. Au milieu de la nuit, cependant, alors qu'il dormait il se retourna et la frôla du pied. Elle était si froide qu'il s'éveilla en sursaut. Il se retrouva allongé sur les berges pentues du lac Ilmen, le pied gauche dans les eaux glacées. Il boitera de ce pied tout le restant de sa vie.

    Mais à ses côtés il y avait un sac d'or.
    Sarko acheta des bateaux et devint un homme très riche.
    Sadko n'alla plus sur la mer bleue,
    Sadko resta à vivre à Novgorod.

    Certains disaient que lorsqu'une tempête faisait rage sur une mer ou un lac, c'était en fait Sadko le ménestrel qui jouait des gousslis de platane pour le dieu de la mer qui dansait une gigue au fond des océans.

     

    Illustration Xénia Myagina

     

     

     

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sadko_(mythologie)

    http://allrus.me/russian-medieval-epic-sadko/

     

     

     

     


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  • Gauvain

    Gauvain par John Pettie


    Gauvain

    Fils légitime du roi Lot d'Orcanie et de la reine Morgause son épouse, Gauvain est le neveu du roi Arthur et malgré la rudesse de son caractère, il fut l'un des plus fidèles compagnons d'Arthur. Il fait partie des premiers chevaliers que le roi, aidé par Merlin, nomme à la Table Ronde.
    Il aide Arthur dans de nombreuses tâches, et fait preuve de sa loyauté envers lui, par exemple en affrontant le chevalier vert, un être étrange qui propose de se faire couper la tête...

    À la cour du roi Arthur, lors de la veillée du Nouvel An, le festin est interrompu par l'apparition du Chevalier vert, qui défie tout homme présent dans l'assemblée de lui trancher la tête. En retour, explique-t-il, il coupera lui-même la tête de son bourreau un an après exactement.
    Gauvain se porte volontaire pour relever le défi et donne un coup si puissant qu'il décapite le Chevalier vert. À la stupeur de tous, celui-ci se relève et va chercher sa tête tout en rappelant à Gauvain sa promesse, lui donnant rendez-vous dans un an et un jour à la Chapelle verte.

    Gauvain

    L'année s'écoule jusqu'au moment où Gauvain doit se mettre en route. Il quitte Camelot le jour de la Toussaint et parcourt une longue route dans des terres sauvages où les rigueurs du climat le disputent aux monstres qu'il doit affronter.
    Gauvain, monté sur son fidèle destrier Gringalet, se met en quête de la Chapelle verte. Le jour de Noël, alors que l'heure approche, il trouve sur sa route le château du seigneur Bertilak, qui l'invite à passer quelques jours en sa compagnie. Après quelques réticences, Bertilak lui assurant que la Chapelle Verte est toute proche, Gauvain accepte de se reposer au château.

    Le lendemain matin, Bertilak part chasser et propose un jeu à Gauvain : chacun d'eux s'engage à remettre à l'autre ce qu'il aura gagné durant la journée. Gauvain, qui reste se reposer au château, accepte.
    Après le départ de Bertilak, son épouse se glisse dans la chambre de Gauvain et entreprend de le séduire. Le chevalier résiste et n'accepte qu'un unique baiser de sa part. Le soir, Bertilak rentre de la chasse avec un magnifique cerf qu'il donne à Gauvain. Celui-ci lui offre son baiser, sans lui dire de qui il l'a reçu.

    L'histoire se répète le lendemain avec un sanglier et deux baisers. Le dernier jour, de plus en plus insistante, la jeune femme réussit à embrasser Gauvain à trois reprises, mais elle veut également lui offrir un gage de son amour. Gauvain refuse d'accepter une bague en or, mais il se laisse tenter lorsqu'elle lui propose une ceinture de soie verte et dorée capable, dit-elle, de protéger son porteur de toute blessure. Craignant d'être tué par le Chevalier vert le lendemain, Gauvain accepte la ceinture, mais ayant promis à la belle dame de n'en toucher mot au seigneur, il ne donne que les trois baisers à Bertilak, en échange d'un renard.

    Au jour dit, un guide conduit Gauvain vers la Chapelle verte. Dans la chapelle, le Chevalier Vert attend, sa hache déjà levée. Gauvain retire son heaume et s'agenouille devant son bourreau, qui lui assène trois coups légers, dont seul le troisième fait couler quelques gouttes de sang en lui égratignant le cou.
    À la grande stupéfaction de Gauvain, le chevalier explique qu'il n'est autre que Bertilak lui-même, transformé par Morgane la fée afin de tester la bravoure des chevaliers du roi Arthur. Les deux premiers coups de hache valent pour les deux soirs où Gauvain a remis à Bertilak les présents reçus dans la journée; le troisième a puni Gauvain de n’avoir pas parlé de la pièce d'étoffe donnée par la belle épouse. Les trois coups de la hache correspondent aux trois tentations de son épouse, qui constituaient la véritable mise à l'épreuve de Gauvain, et l'entaille est sa punition pour avoir accepté la ceinture verte en cachette le troisième jour.
    Dès lors, Gauvain fait serment de porter toujours sur lui la pièce d'étoffe afin de garder en mémoire ce moment de faiblesse.

    Outre les lois de la chevalerie, Gauvain doit également respecter les règles de l'amour courtois. Le code d'honneur des chevaliers leur impose d'obéir à la moindre requête d'une demoiselle. Ainsi, lors de la troisième journée, Gauvain doit accepter la ceinture que lui offre la femme de Bertilak, mais il doit également respecter la promesse faite à son hôte. En conservant la ceinture par-devers lui, il brise cette promesse, mais il honore la dame. Lorsqu'il découvre que le Chevalier vert n'est autre que son hôte, il comprend son échec à être vertueux, bien que sa quête soit achevée. Cette épreuve illustre le conflit entre l'honneur et les devoirs du chevalier : en brisant sa promesse, Gauvain estime avoir perdu tout honneur et échoué.

    Gauvain

    Gauvain vient de décapiter le chevalier vert. Enluminure du manuscrit Cotton Nero A.x.

    Il rentre à Camelot avec la ceinture verte comme souvenir de cette cuisante rencontre. Loin de lui faire des reproches, la cour d'Arthur rit de bon cœur de ses mésaventures, et les chevaliers de la Table ronde décident de porter dès lors une #écharpe verte en souvenir de Gauvain.


    Le seul faux pas de Gauvain est d'accepter la ceinture de dame Bertilak, mais c'est une erreur qui rappelle l'humanité du personnage. Ce faux pas rend Gauvain plus réel et lui attire la sympathie du lecteur, sans pour autant altérer le reste de ses qualités chevaleresques. Gauvain est un exemple de conduite morale, inégalable mais admirable.

    Lorsque Lancelot sauve la Reine Guenièvre du bûcher, il tue les deux frères cadets de Gauvain : Gareth et Gaeris. Il jure alors de se venger et tue Lionel, le cousin de Lancelot. Quand il affronte ce dernier en combat singulier, il ne le tue pas, mais Gauvain en ressort le crâne brisé. Devenu fou, il tue Hector des Mares, autre cousin de Lancelot du Lac puis meurt de sa blessure, après avoir demandé à Arthur de lui transmettre finalement son pardon.
    On raconte aussi qu’il est apparu peu après sa mort à Arthur, pour le prévenir qu’il fallait se rallier à Lancelot s’il voulait vaincre Mordred.

    Gauvain est un héros solaire, dont la force croît et décroît avec la course de l’astre du jour. C’est donc à midi qu’il est le plus puissant. Il présente ainsi des affinités avec le dieu Oengus dont il partage le nom, mais la christianisation des romans rend difficile une analyse plus poussée de ce personnage.
    Il est notamment dit, que le roi Lot avait désiré que son fils aîné soit l’un des plus forts chevaliers de son temps. C’est pourquoi il alla voir une sorcière, alors que Gauvain n’était encore qu’un bébé, pour qu’elle lui octroie une particularité ou un don. Elle fit en sorte que sa force suivit la course du soleil : le matin Gauvain avait la force d’un homme, et plus le soleil montait dans le ciel, et plus il devenait fort, jusqu’à ce que le soleil ait atteint son zénith, puis sa force diminuait jusqu’au soir où il redevenait normal. Ce don faisait de Gauvain le plus fort chevalier de la cour d’Arthur et le plaçait comme l’un des plus redouté de toute la Table Ronde.

    De plus, Arthur fit lui aussi un don à Gauvain : le roi remporta suite à un combat (contre le duc Frolle d’Allemagne) une épée particulièrement solide et tranchante du nom de « Marmiadoise » qu’il donna à son neveu. Elle était considérée comme l’une des plus précieuses de ce temps, car il est dit que c’était celle qu’avait portée Hercule pour conquérir la toison d’or, et qu’elle brillait d’un éclat incroyable.

    Gauvain est un des moins connu des Chevaliers de la Table Ronde, vivant dans l’ombre de Lancelot et de Perceval. Toutefois, il a participé à de nombreuses expéditions dangereuses. Dans la Quête du Graal, il est le représentant le plus éloquent de cette couche guerrière sans Dieu et sans transcendance, alors qu’à l’opposé se retrouve Galaad, le chevalier élu, le chevalier parfait.
    Cependant, il passe dans le monde des morts en entrant dans le château des reines où il trouve sa mère décédée et est le premier à revenir de là. Accueilli en héros, il est, quand il arrive, le seul homme du château et parvient à faire sortir de ce lieu de mort les reines dont les terres ont été pillées. Il y rencontre également l’amour.
    Il tombe amoureux de la suivante de la Fée Laudine, Luned, qui montre un étrange savoir et une indépendance troublante. Luned séduit Gauvain par sa valeur et sa beauté, et le « Soleil de la chevalerie » s’unit à celle dont le nom célèbre l’astre de la nuit.

    Plus que tout autre chevalier de la Table Ronde, Gauvain représente l’autrefois mythique, païen, charnel de la légende. Son ascension et son déclin symbolisent ceux du monde Arthurien.

    Il est souvent représenté avec un bouclier orné d'un pentagramme. Le pentagramme dessiné sur l'écu de Gauvain que le poète nomme pentangle est couramment interprété comme le symbole de sa perfection et de sa victoire sur le mal. En ce qui concerne le chevalier chrétien, le Pentangle symbolise les cinq vertus chevaleresques : la générosité, la courtoisie, la chasteté, la chevalerie et la piété.

     

    Gauvain

     

     

     


    Sources : Wikipédia et https://heros.histourismo.fr/moyen-age/legende-arthurienne/gauvain-chevalier-du-soleil/ - https://mythologica.fr/medieval/gauvain.htm -  http://www.histoiredumonde.net/Gawain-Gauvain.html - http://le-roi-arthur.over-blog.fr/article-12849024.html

     

     

     

     


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  • Brigid

    Brigid

    Dans la mythologie de l'Irlande celtique, Brigid (ou Brigit) est une déesse multiple et protectrice. Son nom signifie "élevée" et "souveraine". On la célèbre le 1er février par la fête d'Imbolc.

    Elle est la déesse-mère, elle règne sur les arts, la guerre, la magie et la médecine. Elle est la patronne des druides, des bardes (poètes), des vates (divination et médecine) et des forgerons.
    En Irlande, Brigid est la fille du Dagda et donc une des Tuatha dé Dannan.
    Elle est associée à la fête d’Imbolc, la purification du 1er février, censée protéger les troupeaux et favoriser la fécondité. L’importance de son culte chez les Celtes a conduit les évangélisateurs chrétiens à lui substituer une sainte homonyme, sainte Brigitte.

    Sous le nom de Boand, elle est l'éponyme de la Boyne et la mère du dieu de la Jeunesse, Mac Oc ou Oengus, fruit de son adultère avec le Dagda.
    La légende raconte qu'après sa faute elle alla à la source magique de la Segais pour se purifier. Mais l'eau de cette source était si pure qu'elle brûlait comme le feu et nul ne pouvait en approcher sans l'accord de son propriétaire, Nechtan. Alors, Boand, par défi, fait le tour de la source dans le sens contraire de la marche du soleil. L'eau jaillit et la mutile, lui enlevant un œil, un bras et une jambe. Elle s'enfuit et, poursuivie par l'eau, provoque par sa course jusqu'à la mer le jaillissement de la Boyne.

    Elle est connue dans tout le monde celte, sa dénomination Brigid étant une des variantes irlandaises. On l’appelle aussi Brighid, Brigit, Bríd, Bride, Bridey, Briggidda, Brigantia dans le nord de l’Angleterre, Brigindo en Gaule… Brigantia se retrouve notamment dans le nom des peuples des Brigantes (actuels territoires du Yorkshire et du Northumberland) et des Brigantii (près du lac de Constance), dont la capitale Brigantion (Bregenz) est de même origine; idem pour Briançon. En Gaule, son avatar Épona lui confère un rôle psychopompe évident.

    Elle se marie avec Bres, un roi du peuple ennemi des dieux : les Fomoires. Grâce à ce mariage, elle est vue comme une incarnation de la paix et de la diplomatie, un des traits de caractère très souvent associé à cette déesse et que l’on retrouve chez la sainte irlandaise. De son mariage elle eut un fils, Ruadan, qui fut tué au combat par le dieu forgeron Goighniu.

    On peut se demander comment le porte-étendard de la paix et de la diplomatie peut être aussi une déesse de la forge. Il faut savoir que Brigid la déesse n’est jamais associée aux armes, contrairement au dieu Goighniu, qui est lui le forgeron des armes des dieux. La forge est pour elle l’endroit où l’on fabrique les fers à cheval, destinés à soulager les équidés, mais aussi à permettre aux hommes de voyager plus loin, et donc elle est aussi en quelque sorte une déesse des voyageurs.

    Elle est liée à l’élément feu et c’est sous cet aspect que l’on voit le plus le lien entre le feu et Brigid. En tant que déesse de la poésie, elle règne sur ce que les irlandais appellent en gaélique l’imbas, le « feu de l’esprit », c’est-à-dire l’inspiration. En tant que déesse de la guérison, elle domine les foyers et la sécurité qu’ils apportent. On constate que le feu est donc réel (la forge et ses flammes) ou spirituel (les étincelles de l’inspiration poétique).
    En tant que déesse de la poésie, elle était la protectrice des bardes et des devins. En effet, la poésie était considérée par les celtes comme une forme d’expression inspirée par l’autre monde, et les poètes étaient aussi considérés comme des devins. Les bardes et les poètes étaient les transmetteurs de la culture d’une génération à l’autre, tandis que les druides transmettaient le savoir. Brigid est donc parfois assimilée à une déesse de l’éducation et de la transmission.

    La déesse est particulièrement associée à la fête d’Imbolc, se déroulant le 1er février. Cette fête agricole célébrait la lactation des génisses, signe du retour prochain du printemps et de l’abondance. On raconte que Brigid, accompagnée de sa génisse, allait dans les rues lors de la nuit du 1er février, et bénissait tout vêtement laissé dehors à cette occasion. Les gens laissaient principalement des manteaux, afin qu’ils puissent gagner un peu du pouvoir guérisseur de la déesse. Si on laissait le même vêtement dehors sept années de suite, alors il acquérait toute la puissance de guérison possible.
    En Irlande, des croix faites en jonc ou en paille sont fabriquées le 1er février, ces croix sont supposées protéger les maisons des incendies et des maléfices.

    Brigid

    Mais Brigid n'est guère citée dans les textes mythologiques et épiques, parce qu'elle a été supplantée par sainte Brigitte, devenue patronne de l'Irlande à côté de saint Patrick.
    Cette fête a été christianisée sous le nom de Sainte Brigitte (le 1er février) en l'honneur de Sainte-Brigitte de Kildare (451/525). Elle avait fondé un monastère après avoir vécu dans une cellule sous un chêne à l'emplacement de la future ville de Kildare à une cinquantaine de kilomètres de Dublin.

    Brigid était honorée avec une flamme sacrée, maintenue par un groupe de vingt prêtresses et son sanctuaire situé à Kildare, en Irlande, est devenu plus tard la maison de la variante chrétienne de Brigid, Sainte Brigitte de Kildare. Kildare est aussi le lieu de plusieurs puits sacrés dans les régions celtiques, dont beaucoup sont consacrés à Brigid.
    On raconte que Brigitte, la Sainte, servit dans ce temple. Comme ses consœurs, bien que chrétienne, elle entretint la flamme avec la même révérence que ses aînées. Lorsqu’elle disparut, les nonnes continuèrent à surveiller le feu, sauf le vingtième jour, jour de garde de Brigid, qui veillait à son tour sur la flamme. On dit que jamais la flamme ne s’éteignit sous la garde de Brigid. De temps en temps, un évêque ou un archevêque ordonnait que la flamme soit éteinte, puisqu’elle était un lien évident aux anciennes croyances bien peu chrétiennes, mais les sœurs revenaient toujours l’allumer et reprenaient leur garde. Ce fut avec la Réforme de Henri VIII et la destruction du petit temple que la flamme s’éteignit pour de bon.

    Cependant, les gens n’ont cessé de rendre hommage à la déesse aux différents puits sacrés qui entourent la ville. Même aujourd'hui, il est assez ordinaire de voir des rubans et d'autres offrandes attachées aux arbres comme une demande à cette déesse protectrice. Plusieurs paroisses en Bretagne lui sont dédiées et plusieurs chapelles portent son nom dans cette région.

    Pour les Irlandais et les celtes en général, les puits sont des portes entre l’Autre Monde et le nôtre, et sont souvent associés à une divinité particulière, qu’elle soit connue seulement au niveau local ou, comme Brigid, par delà toutes les cultures celtiques.

    On remarquera que Brigitte de Kildare était contemporaine de Saint Patrick et donc de l'apparition du christianisme en Irlande. Elevée dans le druidisme et ensuite fondatrice d'une abbaye, Brigitte est un parfait symbole de la symbiose entre le paganisme et le christianisme en Irlande et plus généralement en Europe.

    Et c'est elle qui est désignée pour nous faire passer du vieil hiver au printemps neuf...

    Un exemple réussi d'une continuation du paganisme au sein du christianisme...

     

    Brigid

     

    Une représentation moderne de la déesse Brigid.
    Puits sacré à Kildare -  Brigid avec la flamme. Statue de Annette Mc Cormack

     

     


    Sources: http://wiccane.wordpress.com/2012/03/30/brigid/
    http://www.les-mondes-de-gwenn.fr/2010/10/08/brigid-de-la-deesse-a-la-sainte/

     

     

     

     


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