• Les Fées en Haute Bretagne


    Pour Monica

    L'imagination populaire des Bretons est peuplée de créatures étranges, tantôt malicieuses, tantôt menaçantes, protectrices, séductrices ou cruelles.
    Les fées sont issues du légendaire médiéval. Certaines sont célèbres, comme Viviane, qui enchanta Merlin dans la forêt de Brocéliande. Mais les grottes littorales, les forêts et les fontaines étaient aussi les domaines de ces magiciennes.

    En Haute Bretagne, on parle très souvent des fées. Outre les légendes nombreuses qu'on raconte à leur sujet, plusieurs proverbes où elles figurent sont restés dans la conversation courante; on dit : « Blanc comme le linge des fées » pour désigner du linge d'une blancheur éclatante; « Belle comme une fée » pour exprimer une beauté surhumaine.

    On prétend qu'elles étaient plus nombreuses en Haute-Bretagne que Basse-Bretagne...mais personne n'a vraiment vérifié...Elles vivaient dans des endroits isolés, dans des grottes par exemple pour celles qui se trouvaient au bord de la mer, et qu'on appelait alors le Pertus ès fées. Ailleurs elles habitaient dans des roches aux fées, grottes ou dolmens. Ainsi la grotte de la Goule aux Fées à Saint-Enogat, le Fuseau de Margot à Plédran, le Val des Fées à Donges, la Butte aux fées à Carentoir et la Roche Margot à Pontivy.

    On dit que le golfe du Morbihan serait né des larmes abondantes que les fées auraient versées lorsqu'elles furent contraintes de quitter l'Armorique. Sur cette mer nouvelle, elles jetèrent ensuite leurs couronnes de fleurs, qui se changèrent en îles.
    La plus belle dériva vers le large: c'est Belle-Île. La Bretagne est belle. Si belle qu'elle a été créée par des fées. Et qu'elle est terre de légendes.

    Vers le Mené, dans les cantons de Collinée et de Moncontour, on les appelles des Margot la Fée, ou ma commère Margot, ou bien la bonne femme Margot. Sur les côtes, on les désigne assez souvent sous le nom de bonnes dames ou de nos bonnes mères les fées; en général on parle d'elles avec certains égards.

    Elles ne restaient pas inoccupées et travaillaient surtout la nuit.
    On leur attribuait une force surhumaine comme en témoignent certains menhirs qui n'étaient autres que les fuseaux avec lesquels elles filaient la laine. Dans leur tablier elles pouvaient transporter des rochers énormes et on assure à Saint-Cast que la tour de Cesson fut construite par les fées, comme le portail de la chapelle de Saint-Jacques-le-Majeur à Saint-Alban.

    Les fées entretenaient habituellement de bons rapports avec les humains, dans la mesure où le pacte qu'elles avaient conclu avec eux était respecté. Dans ces conditions elles pouvaient être très obligeantes.

    Mais elles dansaient et chantaient aussi. On le reconnaissait à de grands cercles ou l'herbe était plus verte. Mais gare aux imprudents qui voulaient les voir ! Elles n'appréciaient pas, se mettaient en colère et ensorcelaient les curieux !
    Entre Fréhel et Cancale, des fées de fort belle apparence venaient danser dans les criques isolées de la côte. Certains soirs de pleine lune, elles invitaient les pécheurs attardés à entrer dans leur ronde, puis soudain, elles les transformaient en chat. On les voit alors errer sur les falaises, miaulant de détresse les soirs de grands vent; ils ne retrouvent leur forme humaine qu'après avoir tissé avec le mica du sable des grèves, un manteau d'or et d'argent que les fées revêtiront pour repartir dans leur ronde infernale

    Les fées étaient de belles personnes. Il y en avait toutefois des vieilles qui paraissaient avoir plusieurs centaines d'années; quelques-unes avaient les dents longues comme la main, ou leur dos était couvert de plantes marines, de moules ou de vignots; c'est une manière de désigner leur ancienneté.

    « Elles étaient faites comme des créatures humaines; leurs habits n'avaient point de coutures. Quand on les apercevait de loin, elles paraissaient vêtues des habits les plus beaux et les plus brillants. Quand on s'approchait, ces belles couleurs disparaissaient ; mais il leur restait sur la tête une espèce de bonnet en forme de couronne, qui paraissait faire partie de leur personne. » (Conté par François Mallet du Gouray, laboureur).

    Sur la côte, on prétend que les fées appartenaient à une race maudite, et qu'elles avaient été condamnées à rester sur la terre pendant un certain temps. Vers le Mené, canton de Collinée, les anciens disaient que lors de la révolte des anges, ceux qui étaient restés dans le paradis se divisèrent en deux: les uns prirent parti pour le bon Dieu, les autres restèrent neutres. Ces derniers furent envoyés sur la terre pour un temps, et ce sont ces anges à moitié déchus qui étaient les fées.

    En général on croit que les fées ont existé, mais qu'elles ont disparu à des époques qui varient suivant les pays.
    Sur la côte, où l'on croit fermement que les fées ont habité les houles ou grottes des falaises, l'opinion générale est qu'elles ont disparu au commencement du siècle. Nombre de personnes, âgées aujourd'hui d'une soixantaine d'années, ont entendu raconter à leurs pères ou à leurs grands-pères qu'ils avaient vu les fées.

    Les fées ont disparu depuis que l'on sonne l'Angélus et qu'on chante le Credo; mais par la suite des temps la religion s'éteindra, on ne chantera plus le Credo, on ne sonnera plus l'Angélus, et les fées reviendront. Elles sont toutes parties la même nuit; elles reviendront aussi la même nuit.


    Les mondes disparus
    Pays de la mer, la Bretagne connut encore la séduction des sirènes et des morganes, dont quelques audacieux visitèrent les merveilleux palais aquatiques. Le petit peuple des korrigans avait fait de la vieille péninsule sa terre d'élection, et les monuments mégalithiques qui la parsèment étaient, dit-on, leurs demeures.
    Les menhirs recèlent des univers magiques. Les korrigans, elfes malicieux, gambadent la nuit entre les mégalithes. A Carnac, des soldats romains ont été pétrifiés, figés dans leurs alignements. Les pierres du dolmen de la Roche aux Fées ont été déplacées par des fées. La splendide ville d’Ys fut créée par le roi Gradlon pour sa fille Dahud, en baie de Douarnenez. Le diable déroba la clé des écluses pour laisser les flots engloutir la cité. Dahut, noyée, s’est faite sirène.

    Essé/ La Roche aux fées
    Le plus grand dolmen de France

    Au cœur de la verdure, le site est enchanteur... La Roche-aux-fées est sans conteste le plus grand dolmen de France, c'est aussi un lieu de légende marqué par la fée Viviane.
    Si la construction de ce monument date du néolithique, soit environ 2000 ans avant notre ère, les spécialistes restent perplexes quant à son mode de construction. 19,50 mètres de long, 6 mètres de large, 4 mètres de haut... Le site est impressionnant. Et quand on sait que certaines pierres de plus de 40 tonnes proviennent de plusieurs kilomètres à la ronde, on se demande bien comment les habitants de l'époque ont fait pour les déplacer là.
    Le mystère a inspiré la légende...

    Une longue allée couverte
    Quarante et un blocs composent le monument de la Roche-aux-fées. Une allée couverte de schiste formée de quatre chambres dont la signification n'a toujours pas été révélée. Selon la légende, Viviane aidée par les fées l'auraient construit en une nuit!

    La légende des amoureux
    Un tel monument ne pouvait qu'inspirer histoires et superstitions. Plusieurs croyances portent sur le nombre de pierres du monument qui varierait sans cesse.
    L'une d'elles concerne les amoureux. Pour savoir si leur union va durer, les couples doivent faire le tour de la Roche-aux-fées, chacun dans un sens différent et compter les pierres. S'ils trouvent le même nombre de pierres, leur avenir sera radieux !

    Il existe aussi une croyance qui fait de la structure le tombeau d'un général romain. Un ingénieur géographe du XVIIIe siècle indique :
    « Les gens des environs veulent que ce ſoit un ancien temple des Fées, pour leſquelles leurs ancêtres avoient beaucoup de vénération ; opinion ridicule, mais peu étonnante, ſi l'on fait attention que ce ſont des paysans les plus groſſiers qui penſent ainſi. […] Les gens ſenſés croient que ce monument eſt le tombeau d'un Général Romain. »
    — Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne.

    Ce à quoi Arthur de La Borderie répond presque un siècle plus tard :
    « Je laisse à choisir ici laquelle est la plus grossière, de la poétique légende des paysans ou de la bévue pédantesque des gens sensés. »
    — Arthur de La Borderie, La Bretagne contemporaine.

     

    (D'après un article paru en 1886) et:
    http://www.tourismebretagne.com/decouvrir/sites-insolites/esse-la-roche-aux-fees
    http://conseils-astuces.over-blog.com/article-les-fees-de-bretagne-70639514.html
    http://www.bretagne-web.net/legendes_de_bretagne.html

     


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  • Les Etoiles de Sion

    Les étoiles de Sion

    Pour Pianosh qui m’a indiqué cette légende.

    La légende du Saut de la Pucelle.

    Un soir, une jeune princesse de la noble maison de Vaudémont de la colline de Sion, montée sur un cheval blanc, traversait le bois qui recouvre une partie du plateau au retour de sa pieuse visite à Notre Dame de Sion qu‘elle vénérait particulièrement.

    A mi-chemin, elle vit surgir de la forêt un cavalier qui semblait l’attendre. A son allure, elle comprit qu’il avait de mauvaises intentions. Saisie de frayeur, elle pressa sa monture mais le félon la gagnait de vitesse et allait l’atteindre.
    Paniquée, la jeune fille s’écria « Bonne Vierge de Sion, sauvez-moi ! »

    Elle voulut chercher son salut dans la fuite, piqua son cheval qui s'emporta et arriva en un instant sur le bord à pic d‘un précipice. En présence de cet autre danger, la retraite étant impossible avec le poursuivant qui se rapprochait, la princesse n'hésita pas un instant, se recommanda de nouveau à la Vierge, sa protectrice, et s'élança dans le vide.
    Son cheval tomba debout sur une large pierre, où il marqua profondément les quatre fers de ses sabots.
    Le poursuivant étant sur le point de l’imiter, la Vierge saisit dans le ciel une poignée d’étoiles que la nuit tombante venait d’allumer et les jeta dans les yeux du cavalier et de sa monture qui, aveuglée, se cabra et rebroussa chemin. Certaines versions de la légende prétendent qu’ils se sont écrasés au fond du ravin.

    Depuis ce soir là, nous trouvons par myriades des étoiles dans le sol de la colline.

     

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    Sion, haut lieu sacré de Lorraine.
    La colline de Sion est certainement un des lieux sacrés les plus important de Lorraine.

    Sur cette colline se trouve le lieu-dit du saut de la pucelle, cadre de la légende. Il s’agit d’un ravin quasiment à la verticale et assez profond dans la forêt. A son pied se trouverait l’empreinte d’un sabot de cheval dans la roche. Si aujourd’hui elle n’est plus visible, il semblerait qu’en 1820 il était encore possible de la voir. On trouvait fréquemment ce genre d’empreinte dans les lieux de cultes païens, et comme de bien entendu on y a greffé une légende chrétienne.

    La basilique Notre-Dame de Sion matérialise le culte marial qui remplaça le culte des déesses latines, qui lui-même s'était implanté sur un haut-lieu celtique.
    Avant l'ère chrétienne, les celtes vénèrent déjà sur la colline le dieu de la Guerre Wotan et la déesse de la fertilité et de l'abondance Rosmerta . Lors de la conquête romaine de la Gaule, l'enceinte de Sion était une des places fortes des Leuques, peuple gaulois n'ayant jamais combattu l'armée romaine. Au IVe siècle, le Christianisme chasse les deux divinités et le culte de la Vierge Marie remplace celui des divinités païennes.


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    Les Etoiles de Sion Les Etoiles de Sion


    Les étoiles de Sion
    Les encrines ou crinoïdes

    Les étoiles de Sion sont des fossiles d'animaux marins (non mobiles) de l'ère secondaire, les lis de mer (aussi appelés encrines ou crinoïdes), cousins des oursins et des étoiles de mer. Elles font partie des échinodermes. Les "étoiles de Sion" sont des fragments d'encrines fossilisés. Chaque « étoile » correspond à une unité (entroque) du pédoncule (la « tige ») de l’animal marin.
    Les encrines étaient des animaux vivant il y a plus de 200 millions d'années lorsque la Lorraine, à la période du Jurassique, était recouverte par une vaste mer chaude.
    L'encrine était fixée au fond de la mer par une longue tige, composée d'articles en entroques, rappelant l'empilement des vertèbres de la colonne vertébrale.
    Les articles empilés du pédoncule - appelé aussi tige - se sont désarticulés et accumulés avec les sédiments. Ils ont été conservés dans les roches sédimentaires qui se sont formées lorsque la mer s’est retirée.

    Les Etoiles de Sion

    Si on trouve des étoiles un peu partout sur la colline et même aux alentours, c'est en face du lieu-dit « La Croix Sainte-Marguerite » que leur présence est la plus remarquable. Les amoncellements de terre de décapage ont été entreposés à cet endroit en 1945 par les troupes américaines qui y cherchaient de la pierre calcaire pour aménager le terrain d'aviation américain de Tantonville.

     

     


    Sources: Wikipédia - http://legende-et-realite.blogspot.fr/2009/06/la-legende-des-etoiles-de-sion.html
    http://www.sion.cg54.fr/fr/la-colline-de-sion-vaudemont/geologie-et-fossiles/le-mystere-des-etoiles-de-sion.html

     

     


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  • Les Laminak

    Légende Basque

    On dit que dans les grottes d'Oxocelaya vivent des petits êtres mi-fées, mi-lutins; taquins, ils entrent parfois dans les maisons pour y faire quelques farces.
    Lamina ou lamiña (pluriel laminak) est le terme basque désignant un être fantastique de la mythologie basque, un esprit de la nature ou génie d'apparence humaine.

    Leurs légendes se rapprochent de plusieurs légendes ou mythologies venant d’autres régions.


    Laminak souriant
    (Photo prise à la surface d'un torrent à Loudenvielle- ©DM)

    Malgré le volume de textes écrits sur eux, les laminak restent assez méconnus. Le plus souvent, les laminak sont dépeints soit comme des lutins mâles, soit comme des femmes de taille normale dont le bas du corps est pourvu de caractéristiques animales: pieds palmés, pattes de poules, sabots de chèvre ou queue de poisson. (Sirènes ou Mélusine?)
    Leur apparence varie selon les régions ou localités d’où provient le rapport ou selon le rôle qui leur est prêté dans l’histoire. On peut dégager toutefois deux grandes tendances:
     
    - Soit les laminak sont représentées comme des jeunes femmes. Ressemblant à une mortelle, souvent d'une grande beauté, la lamina n’est cependant jamais complètement humaine. Elle se distingue par la forme de ses pieds (pattes d’oie, de poule, de chèvre) ou encore par la couleur cuivrée de sa peau. On s’entend à lui prêter une longue chevelure blonde qui descend librement jusqu’à la taille. Dans les régions côtières, elle est représentée comme une sirène.


    Statue représentant une lamina aux pieds palmés dans le quartier de Garagartza à Arrasate
    (province du Guipuscoa, Communauté autonome du Pays basque).

    - Soit les laminak revêtent l’aspect de tout petits bonshommes. Certaines descriptions les font extrêmement velus, jusque sur le visage.
    On trouve des variantes intermédiaires: petits bonshommes aux pieds palmés, petites femmes comparables aux fées de l‘imaginaire européen, ou bien encore des caractéristiques plus singulières leur sont parfois attribuées: certains sont supposés avoir une lumière qui leur sort de la bouche, d’autres sont des femmes de petite taille avec un seul œil au milieu du front, ailleurs ils sont imberbes, sauf un rond de poils sur la nuque…

    Ils habitent dans les grottes des montagnes ou sous les roches, également auprès des sources et des ruisseaux. (Comme les Huldulfölks).
    Parfois le thème de la demeure souterraine est directement lié à celui de l'eau, comme au pont d'Utsalea à Saint-Pée-sur-Nivelle où ils vivent sous l'arche ou encore aux grottes dites Laminenziluak (les trous des laminak), à Camou-Cihigue dans la Soule, où naissent trois sources dont une d’eau chaude à laquelle sont attribuées des propriétés curatives.

    Le thème de l’or est fréquemment associé aux laminak. Ils gardent des trésors dans certaines de leurs grottes (tout comme les nains de la mythologie nordique). Les femmes laminak sont souvent décrites en train de peigner leur longue chevelure, auprès d'une source ou à l’entrée de leur maison, à l’aide d’un peigne d'or. Elles ont parfois une chevelure blonde comparée explicitement à l'or ou des vêtements dorés.

    Le thème revient plusieurs fois sous la forme du vol du peigne d’or ou de cadeaux d'or faits par les laminak. Une légende illustrant typiquement ce dernier motif est la suivante : une lamina de la caverne d'Akelarre, près de Zugarramurdi, est sur le point d'accoucher. Son époux se rend à la ferme Lekuberri pour chercher une sage-femme. La maîtresse de maison l'accompagne à la caverne. En signe de gratitude, les laminak lui font don d'une quenouille et d'un fuseau en or mais elle ne devra pas regarder en arrière tant qu'elle n'aura pas franchi le seuil de sa maison. Pendant le trajet de retour, la femme entend de grands bruits mais elle a la présence d'esprit de ne pas se retourner. Sur le pas de sa porte, la curiosité est plus forte et elle regarde. Comme elle avait quand même un pied dedans, seule la moitié de ses cadeaux lui est enlevée.
    Une autre histoire: un homme fut contraint par l'orage à se réfugier dans une grotte. Un lamina l'accueillit et lui fit don à son départ d'un morceau de charbon. À l'air libre, le charbon se changea en or pur.
    Si d'aventure les humains perdent les cadeaux qui leur sont faits, c'est seulement par bêtise ou excès de cupidité.

    Les laminak travaillent la nuit. Ce sont des ouvriers doués et infatigables.
    Les femmes laminak excellent en tant que filandières. Elles cousent et filent avec le fuseau et la quenouille. Quelques contes tournent autour du thème du linge extraordinairement blanc qu’elles lavent de nuit dans les rivières. (Comme les lavandières de Bretagne.)

    De nombreux lieux au Pays basque, autant du côté français qu'espagnol, leur doivent leur nom et la construction de plusieurs ponts, églises ou autres bâtiments leur est attribuée.
    On attribue aux laminak de fabuleux talents de bâtisseurs. Plusieurs récits décrivent comment ils construisirent en l'espace d'une seule nuit un édifice, tels le pont de Licq, les maisons-fortes Donamartia (XIVe siècle) à Lecumberry ou Lastaunea (fin XIIIè siècle) à Ispoure, l’église d’Espès ou d’Arros, des maisons (ferme Larramendia à Juxue, maison Gentein à Ordiarp), un moulin comme à Lacarry ou un dolmen comme à Mendive.
    D’une façon générale, on admet que les laminak vivent sous terre et sortent la nuit car ils ne supportent pas le soleil (ils s’enfuient au chant du coq). C’est pourquoi souvent leurs constructions ne sont pas tout-à-fait terminées.


    Panneaux à Licq-Atherey attribuant la construction du pont aux laminak.

    La légende du pont de Licq est célèbre.
    Une version raconte que les laminak avaient passé un marché avec les gens du village. Ils construiraient le pont et, en échange, ils recevraient la plus belle fille de Licq. Au moment précis où les laminak allaient poser la dernière pierre, l'amoureux de la belle – qui bien sûr n’était pas satisfait de ce pacte - dupa les petites gens en faisant chanter un coq: croyant le jour venu, les laminak lâchèrent la pierre et se sauvèrent en toute hâte. Le bloc ne put jamais être remis en place par les villageois et il resta un trou. (comme le diable du Pont Valentré).

    On constate que l’attitude des laminak à l’égard des hommes est ambiguë et peut varier du meilleur au pire, depuis une grande sympathie (abri offert et don spontané) jusqu’à une forte malignité (rapt de jeunes filles) en passant par des attitudes intermédiaires de vengeance justifiée, de pactes ou d’échanges de services.
    Pour se venger d’un paysan, les laminak pouvaient couvrir son champ, toujours en une seule nuit, de blocs de pierre énormes.
    A l‘inverse, ils se montreront spontanément reconnaissants vis-à-vis de ceux qui leur font des petites offrandes de nourriture, en favorisant leurs récoltes ou en exécutant de bon cœur divers petits ouvrages pour leurs bienfaiteurs. Ils acceptent volontiers les mortels dans leurs maisons et leur font des dons.

    Le mariage impossible
    D’autres histoires qui se terminent toujours mal mettent en scène l’amour d’un berger pour une lamina. La plus triste raconte la mésaventure d’un jeune homme de la maison Korrione dans le quartier Garagarza à Arrasate qui rencontra une belle jeune fille dans la montagne près de la grotte de Kobaundi. Il tomba amoureux d’elle et lui promit le mariage. La mère du jeune homme le mit en garde : savait-il bien au juste qui était son amoureuse ? Si elle avait des pieds d’oie, c’était une lamina. Le jeune homme découvrit la vérité sur sa belle et en conséquence se dédit. Il en mourut de chagrin. La belle lamina se rendit au village pour veiller son corps, elle le recouvrit d'un linceul qu'elle sortit d'une coquille de noix. Elle suivit le cortège funèbre mais ne pénétra pas dans l'église.

    Il est intéressant de remarquer comment plusieurs légendes — indifféremment du XIXe ou du XXe — font état des laminak comme appartenant à un passé proche mais révolu. Leur disparition est expliquée soit par l'ère industrielle (par exemple le développement des manufactures d'armes de la ville d’Eibar), soit par les avancées de la christianisation: les laminak auraient disparu des environs à cause des processions des Rogations, ou du son des cloches de l'église, ou de la construction d'un ermitage ou d'une chapelle. (On dit la même chose des fées ou de tous les êtres de la nature).

    Toutefois, en 1972, Barandiarán signalait que jusqu'à une époque relativement récente, certaines personnes continuaient à croire en l'existence des laminak. Ces croyances prenaient l'aspect d'un compromis que résumaient deux proverbes basques : « tout ce qui a un nom doit exister » ; « on ne doit pas croire qu’ils existent ; il ne faut pas dire qu'ils n'existent pas ». On faisait aux laminak des offrandes de nourriture, gâteaux de maïs, bouts de jambon, verres de cidre laissés le soir dans la cuisine, terrine de lait ou de caillé que les bergers déposaient dans certaines grottes, aliments que les paysans plaçaient à la limite de leurs champs en guise de propitiation. (Offrandes que les hawaïens font aussi aux Ménéhunens!)

     


    (Source : Wikipedia)


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  • Le Vaisseau Fantôme. Peinture de Michael Echter

    Le Navire des Morts à Dieppe

    Dans la nuit de Toussaint, du 1er au 2 Novembre, il arrive parfois qu’on entende une rumeur sinistre à la pointe de la jetée de Dieppe. Puis une tourmente se lève sur la mer et on aperçoit, au milieu des vagues en furie, un navire fantôme qui s’approche. C’est le Navire des Morts qui transporte les marins trépassés dans l’année. Il se balance sur la mer noirâtre un long moment au son d’un chœur entonné par les morts,  puis disparait.

    La même chose se passe au même moment au bout de la jetée du Pollet, arrive un bateau qu’on croit réel, et quand le maître halleur, trompé par son apparence, étend les bras pour lui jeter la drome, l’image du bateau s’évanouit, et on entend des lamentations: ce sont celles des hommes du Pollet qui, dans le cours de l’année, sont morts à la mer, loin de leurs familles et sans sépulture.

    Le jour des Morts est pour les marins d’une grande solennité; ce jour leur rappelle tous les naufrages de l’année: ils prient avec ferveur pour ceux qui reposent au fond des flots. Toutefois, parmi les victimes, il en est toujours un certain nombre que leurs parents ou leurs amis ont négligées, qui attendent des messes, des prières, et ont un compte à régler avec les vivants; de là l’histoire qu’on vous raconte à Dieppe.

    D’autres fois ce même jour apparait un des bateau qui a disparu pendant l’année, on le reconnait, les familles accourent, les femmes reconnaissent leurs maris, les enfants leurs pères, tout le monde aide à attirer le bateau près du quai. On leur crie leurs noms, mais l’équipage ne répond pas. Brusquement on entend sonner la messe, et tout disparait, bateau et équipage dans une sinistre brume. Les femmes et les enfants s’en vont à l’église en pleurant, et la foule des spectateurs, sans pitié, leur crie « payez vos dettes! »

    Le jour des morts est célébré très religieusement à Dieppe.
    On croit que si les marins ont été respectueux des enseignements divins, s’ils ont bien fait leurs prières etc. Ils ne reviendront pas hanter les vivants avec leur bateau.
    Ce même jour vers minuit, on dit qu’un char funèbre parcourir les rues du Pollet (quartier des pêcheurs à Dieppe), traîné par huit chevaux blancs, et précédé par des chiens blancs également. Derrière ce convoi défilent tous les gens qui sont morts pendant l'année. Il ne faut alors surtout pas les regarder passer, au contraire bien fermer ses volets, sous peine de trépasser pendant l’année.

     


    Sources: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article5102
    Légendes et croyances, Traditions et curiosités de Seine Maritime de Anne Marchand.


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  •  Légendes de Franche Comté

    Légendes de Franche Comté
     
    " Quand les hommes avaient encore des yeux ingénus, quand restait entier le mystère des monts et des forêts, nul pays plus que le nôtre n'était naturellement fait pour abriter les fées et les génies de toutes sortes, pour développer ce que j'appellerais l'esprit féerique."
    Camille Aymonier

    Légendes et Traditions de la Franche-Comté
    La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d’Orient par les pèlerins, par les croisades; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages et celles dont l’origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement.

    Ainsi dans ses forêts, ses rivières, au fond de ses vertes vallées, au sein de ses lacs bleus, habitent les fées et les génies, les sylphes et les kobolds. Sur le plateau de Haute-Pierre, on a vu quelquefois passer une autre Mélusine, un être moitié femme et moitié serpent. C’est la Vouivre. Elle n’a point d’yeux, mais elle porte au front une escarboucle qui la guide comme un rayon lumineux le jour et la nuit.
    VOIR: http://triskele.eklablog.com/la-vouivre-a104771688

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    Dans la grange de Mont-Nans, il y a, depuis trois ou quatre générations, un esprit servant comme les kobolds de l’Allemagne et les trolls du Danemark, qui fait la bénédiction de la maison. C’est lui qui prend soin de l’étable, conduit les bestiaux au pâturage, protège la grange, prépare la litière des chevaux, et remplit chaque matin l’abreuvoir d’une eau pure et limpide. On ne le voit pas, mais sans cesse on reconnaît ses bons offices; on s’aperçoit qu’il a veillé sur les récoltes et sur les moissonneurs.
    Pour le conserver, il ne faut que lui abandonner une légère part des produits de la ferme, lui garder à la grange ou au foyer une place très propre, et ne pas médire de lui, car il entend tout ce qu’on dit, et se venge cruellement de ceux qui l’injurient.
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    Quant à la Dame verte, c’est la sylphide, la déesse, la fée des prairies de Franche-Comté: elle est belle et gracieuse; elle a la taille mince et légère, comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige des montagnes, et les yeux bleus comme la source des rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe; les rameaux d’arbres l’effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps.
    Le jour, elle s’assoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d’or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu’elle a rencontré. La nuit, elle rassemble ses compagnes et toutes s’en vont, folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s’est trouvé égaré le soir au milieu des montagnes de Franche-Comté a souvent été surpris d’entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu’on entend habituellement dans le monde: c’étaient les chants de la Dame verte et de ses compagnes.

    Quelquefois aussi les malines sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu’elles aiment, afin de l’attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Si alors il pouvait s’emparer du petit soulier de verre d’une de ces jolies Cendrillon, il serait assez riche; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu’elle rachetât son soulier, et elle l’achèterait à tout prix.

    L’hiver, la Dame verte habite dans ces grottes de rochers où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, qui sont pourtant toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l’éclat à nos regards profanes. C’est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d’agate. C’est là que la Dame verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu’elle s’est choisi. Heureux l’homme qu’elle aime ! C’est pour cet être privilégié qu’elle a de douces paroles, et des regards ardents, et des secrets magiques ; c’est pour lui qu’elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre.
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    Une autre fée franc-comtoise mérite que nous parlions d’elle, la fée Arie. Celle-ci n’a ni l’humeur aussi folâtre, ni la vie aussi joyeuse que la Dame verte, mais c’est la bonne fée de nos chaumières; elle aime l’ordre, le travail; partout où elle reconnaît de telles vertus, elle répand ses bienfaits; elle soutient dans ses devoirs la pauvre mère de famille et les jeunes gens laborieux. Presque jamais on ne la voit, mais elle assiste à tout ce qui se fait dans les champs ou sous le toit du chalet; et si le blé que le paysan moissonne est mieux fauché, si la quenouille de la jeune fille se file plus vite et donne un fil plus beau, c’est que la fée Arie était là, et qu’elle a aidé le paysan et la jeune fille. C’est elle aussi qui récompense les enfants obéissants et studieux; c’est elle qui fait tomber sur leur chemin les prunes des arbres voisins, et leur distribue, à Noël, les noix sèches et les gâteaux; ce qui fait que tous les enfants connaissent la fée Arie, et parlent d’elle avec espoir.
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    Une petite ville des montagnes de Franche-Comté a été plusieurs fois témoin d’une apparition merveilleuse. A un quart de lieue de Maiche (ma ville natale!) au-dessus d’une colline, on aperçoit les restes d’un château entouré de broussailles et de sapins. Là vivait jadis un seigneur avare, dont le cœur était fermé à tout sentiment d’équité, et qui, pour assouvir sa passion sordide, soumettait sans cesse ses vassaux à de nouvelles exactions, et volait le bien de ses voisins. Il est enterré au milieu de ses trésors, mais il ne peut y trouver le repos. Il voudrait pouvoir échanger son sépulcre splendide contre la tombe de terre fraîche où dort si bien le paysan, mais il est condamné à rester là où il a vécu, et il passe la nuit à se rouler sur son or et à gémir.
    Dieu, touché de ses souffrances et des prières que ses descendants ont fait faire pour lui, a cependant ramené l’espoir dans son cœur, et lui a permis de venir dans ce monde chercher quelqu’un qui le délivre. Tous les cent ans, à jour fixe, quand l’obscurité commence à envelopper les campagnes, le vieux seigneur sort de son manoir, tenant une clef rouge et brûlante entre les dents. Il rôde dans les champs, entre dans les enclos, et s’approche de la ville, offrant à tout le monde son visage cadavéreux et sa clef enflammée. Celui qui aurait le courage de prendre cette clef et de le suivre deviendrait à l’instant même possesseur d’immenses trésors, et délivrerait cette pauvre âme des tourments qu’elle endure.
    Jusqu’à présent, personne n’a encore osé se rendre à son appel...
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     Les sorcières
    En Franche-Comté, lorsqu’une femme veut devenir sorcière, le diable, pour ne pas l’effrayer, lui apparaît sous la figure humaine et quitte son vilain nom de Belzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caresse mieux l’oreille, tel que Vert-Joli, Joli-Bois, Verdelet,, etc. Les sorciers sont tenus d’aller au sabbat. Ceux de la contrée de Saint-Claude avaient rendez-vous dans un champ écarté de toute habitation, et près d’une mare d’eau. Ils s’y rendaient habituellement le jeudi et les veilles de grandes fêtes, les uns en se mettant à cheval, les autres en montant sur un mouton noir.
    Là se trouvait Satan, le monarque des enfers; Satan, sous la forme d’un bouc, tenant une chandelle allumée entre ses cornes. Chaque sorcier était obligé de lui offrir une chandelle verte, et de lui faire une autre politesse fort peu récréative. Puis, toute la gente ensorcelée chantait, buvait, mangeait, parodiait les prières de l’église et la messe, et l’orgie durait jusqu’au jour, jusqu’à l’heure où le coq chantait; car on sait que le chant du coq a un grand pouvoir sur les mauvais esprits. Quelquefois l’âme seule s’en allait au sabbat. Le corps restait immobile et comme endormi; l’âme s’échappait à la dérobée et passait la nuit dans son infernale réunion.
    Un jour, un paysan s’aperçut que sa femme couchée à côté de lui ne bougeait, ni ne soufflait. En vain, il l’appelle à haute voix; en vain, il la tire par les bras. Impossible de l’éveiller. Mais, aux premiers rayons du matin, elle se leva en poussant un grand cri. Le paysan, tout troublé, s’en alla raconter cet événement: la femme fut interrogée, et déclara qu’il ne fallait attribuer son profond sommeil qu’à la fatigue qu’elle avait éprouvée la veille en travaillant tout le jour dans les champs. On ne la crut pas, et elle fut brûlée.

    Dans ces nuits passées au sabbat, on ne s’occupait pas seulement de boire et de manger. Il y avait quelquefois de graves conciliabules, où Satan donnait à ses adeptes des leçons de science cabalistique. Les vieilles sorcières racontaient avec orgueil leurs méfaits, et les jeunes s’instruisaient à cette édifiante école. A la fin de la séance, Satan avait coutume de demander aux jeunes femmes nouvellement enrôlées sous sa bannière une mèche de cheveux, ce qui fit dire que la façon de faire que les amoureux observent parfois d’avoir quelques bracelets de cheveux de leurs maîtresses procède du démon, les boucles de cheveux étant peut-être des chaînes magiques liant la conscience...

    UN TRÉSOR ENFOUI : une légende du plateau des Mille Etangs
    "Un vieux magicien qui savait changer le plomb en or voyageait toujours avec un coffre rempli d'un fabuleux trésor. Un soir de Noël, en pleine tempête de neige, il arriva au bord d'un étang. Non loin il aperçut une énorme pierre haute comme deux hommes derrière laquelle il put s'abriter. Sachant que des voleurs rodaient dans le coin, il pensa :
    - Je dois cacher mon trésor.
    Il prononça une formule magique pour faire apparaître son serviteur, un géant invisible. Le géant souleva le gros caillou d'une main et le magicien déposa un coffre plein or. Puis le géant remis tout en ordre.
    Le lendemain, le magicien décida d'aller jusqu'au bout du monde mais de laisser son
    or enfoui afin de voyager le cœur léger. Il dit au géant invisible :
    - Pendant mon absence, la nuit de Noël, au douzième coup de minuit, tu lèveras la pierre, tu la lanceras dans l'étang, tu ouvriras le coffre, tu compteras les pièces en les faisant sonner une à une et tu refermeras le tout.
    - Oui, maitre répondit le géant invisible.
    Et l'homme parti rassuré dans des terres lointaines. Mais jamais, il ne revint.
    Chaque nuit de Noël, si tu braves le froid et la neige, tu apercevras la grande pierre qui s'élève par magie dans les airs pour se rendre vers l'étang et s'y baigner un court instant. Et tu entendras le bruit étrange des pièces d'or qui tintinnabulent.
    C'est le géant invisible qui compte le trésor afin de tenir la promesse faite à son maitre".

     

     

    Sources: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article1974
    http://www.franche-comte.org/Decouvrir/Histoire/Contes-et-legendes


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